J'avoue, je ne mesurais pas à quel point l'hydre libérale menaçait les privilèges droits acquis dans notre émirat collectiviste. Heureusement, une avant-garde prolétaire est sur le point de ranimer la flamme de l'espoir. Je ne parle pas de la divine victoire des socialistes sociaux-traitres aux dernières législatives que la presse réactionnaire essaie aujourd'hui d'occulter, soutenue par la bétimonde de l'Elysée. Mais du combat de nos camarades postiers !

En effet, s’appuyant sur un article du Code du travail, 12 facteurs tarnais (soutenus par la CGT) ont saisi le Tribunal des prud'hommes d'Albi pour demander des contreparties (financières ou en temps de repos) pour leurs opérations d’habillage et de déshabillage, estimées à cinq minutes par jour.

Dépassant ma conscience de classe, j'annonce solennellement rejoindre cette juste lutte, et déférer dans la foulée mon patron aux prud'hommes qui ne m'a jamais indemnisé pour toutes ces années à mettre ma cravate avant d'aller au bureau. Moi aussi j'ai un uniforme, même si c'est un uniforme d'exploiteur !

Mais aujourd'hui je me réjouis, car je ne suis plus le seul à vouloir dépasser les clivages sociaux. En lisant l'excellent numéro de juin de So Foot, j'ai découvert que d'autres damnés de la terre, enfin plutôt du gazon, n'admettaient plus l'immonde exploitation de leur corps par le capital mondialisé. Le Kamarade Dhorasoo, footballeur dont la conscience sociale dépasse de loin le palmarès, a été honteusement licencié cette année pour "faute grave". L'avocat Olivier Khatchikian relève de son côté qu'avec les contrats des footballeurs professionnels on est "dans un CDD d'exception qui n'a pas de base légale. Dans l'absolu, on pourrait en demander la requalification en CDI. Autre chose: les joueurs ont évoqué la question des congés payés".

Les congés payés ont-il été volés aux footeux ? Et moi qui croyaient que les trêves hivernales et estivales des championnats étaient des réalités. J'en avais presque oublié que l'on contraint ces pauvres hères à tourner des publicités pendant leur temps libre. Et le temps passé à mettre les maillots alors ? Aucun doutes, il devra aussi leur être défrayé en plus de leur salaire qui a été évalué en moyenne pour la L1 à 24 200 euros nets par mois, après impôt et sans compter les primes de résultat.

24 200 euros nets par mois, cela est 2 à 3 fois moins que dans la Liga, le Calcio ou en Premiership. Preuve est faite que la première division est l'asie du sud-est du ballon rond mondialisé. Et puis, c'est à peine plus que le salaire d'un directeur financier d'une entreprise du CAC 40, qui lui aussi j'en suis certain, n'a pas beaucoup de vacances. Plus aucun doutes dès lors : tout homme est un prolétaire qui s'ignore. Facteurs, cadres sup, footeux, même combat !