Epilogue...
Par Major Tom |
samedi 10 mai 2008 à 22:55 | Je me souviens
| #2302
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Debout à 6h45. Mimosa et cigarettes sur la terrasse. Tom Waits n'est pas loin. Je regarde droit devant moi. La mer...Toujours la mer...
Nous allons acheter un bateau avec mes amis. C'est décidé. Leurs compagnes respectives détestent naviguer. Se posera la question du modèle, du port d'attache et de la forme de la propriété. Mais l'essentiel est là. Nous espérons pouvoir nous payer un véritable petit trésor à sensations d'ici un an ou deux ans.
Sur la plage, je joue de la guitare en parodiant Johnny Hallyday. Certains se tapent sur le bide, d'autres me prennent pour un fou. Antoine est parti avec deux types que je ne connaissais pas. Ils reviennent d'une transat; leur première...Tout un programme...Je découvre en leur posant quelques questions qu'ils étaient trois et que le Capitaine était une vieille connaissance...Il ne pouvait pas y en avoir d'autres...Il est cardiologue de son état et sentant la mort dangereusement approchée (60 ans...L'âge pourri pour les hommes qui boivent, qui mangent, qui fument et qui...), il a décidé de travailler six mois par an et de naviguer le reste du temps. Ce sera donc un tour du monde sans fin, sans réelle destination, mais qui se fera en plusieurs fois avec des tranches de retour à la vie terrestre; J'en connais un qui a appris cela il y a peu et qui trépigne déjà. En sera-t-il capable? Je ne sais pas. Il s'agit tout d'abord de se séparer...Et toute séparation est un fardeau que l'on porte toute sa vie, même blotti au fond d'un gros manteau...
Je vais rentrer à Paris et aller marcher quelque part pour profiter de mes dernières heures de liberté et finir Moitessier. Je me dois de profiter de ce qui peut-être mes derniers jours dans cette ville qui connût jadis son heure de gloire et qui semble désormais agoniser lentement mais sûrement. Il n'y a qu'à quitter les quelques rares îlots de quiétude situés vers l'ouest pour se rendre compte de l'ampleur de la catastrophe. Tentez l'expérience. Prenez votre voiture (on est plus en sécurité et nettement moins emmerdé que dans un bus) et traversez cette ville du Nord au Sud et de l'Ouest à l'Est. Diagnostic péremptoire. Cet endroit unique en son genre est foutu. C'est sans doute pour cela que je me suis fixé des règles assez draconiennes eu égard à mes pérégrinations urbaines. Certains arrondissements m'ont carrément été interdits ou bien si je m'y rends, c'est dans le cadre d'une stricte exploration ethno-sociétale, rien de plus.
J'ai le même sentiment de gâchis lorsque je suis en Province, que ce soit dans des villes moyennes ou dans des villages où le temps paraît avoir été purement et simplement arrêté. L'aigreur, pour ne pas parler d'acrimonie, de certaines personnes est devenue difficile à supporter. Hier matin, après m'être levé de bonne heure pour aller marcher sur la grève, je suis allé m'asseoir à une terrasse pour y déguster un café allongé muni d'une cigarette rouge et blanche. J'achète un journal étranger imprimé en langue anglaise pour voir la manière dont les anglo-saxons abordent la crise libanaise, le soixantième anniversaire de la naissance d'Israël, les primaires démocrates aux Etats-Unis etc... A mes côtés, un couple d'environ 40 ans avec leurs deux enfants. Nous les appellerons des "beaufs" pour couper court à toute tentative de description superficielle et ennuyante. C'est à ce moment précis que mon ami américain décide de faire sonner mon téléphone. Commence évidemment une conversation en anglais avec mon interlocuteur et moi-même. Le couple en a désormais la certitude. Je ne suis pas Français et ne comprend rien à leur sabir de prolétaire attardé qu'il s'apprête à transmettre à leurs progénitures couvées et maternées par la Sainte Ecole de la Wépublique! Je continue à parler au téléphone. On discute surtout du cas Obama. On se dit qu'en cas de victoire de cet hurluberlu; il deviendrait difficile de trouver un endroit décent où l'on pourrait vivre et s'installer tranquillement. Le couple boit un Kir et bouffe des cacahouètes. Ils font remarquer au garçon que les envahisseurs sont déjà arrivés alors que l'été n'a pas encore commencé! Par envahisseurs, entendez, qui n'est pas d'chez nous, qui parle une autre langue et qui viendrait d'un pays qui prétendrait donner des leçons de moral à ce grand pays qu'est la France. J'interromps ma conversation, me tourne en direction du couple et jette un regard noir au mari en lui lançant que les "envahisseurs" lui ont permis de vivre libre et de s'envoyer du Pastis au petit-déjeuner sans qu'un Kapo sorti d'un camp d'internement ne l'exécute sur le champ sans sommation pour comportement abusif et répréhensible. Cette situation cocasse où vos propres concitoyens vous prennent pour un étranger ne m'est pas inconnue. C'est la deuxième fois en peu de temps. Cela se passe toujours dans un bistrot du coin perché sur la place d'un village...Je termine mon café, salue mon ami au téléphone en lui promettant de célébrer dignement son anniversaire en terre d'Avignon et retourne voir la mer...une dernière fois...






Commentaires
1. Le mardi 13 mai 2008 à 07:12, par Catoneo
2. Le mardi 13 mai 2008 à 07:51, par Thomas Kranmer
3. Le jeudi 15 mai 2008 à 01:23, par XP
4. Le jeudi 15 mai 2008 à 01:56, par Major Tom
5. Le jeudi 15 mai 2008 à 14:24, par S
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