40 years something...
Par Major Tom |
vendredi 2 mai 2008 à 16:10 | Je me souviens
| #2275
| rss

Je rentre de Paris. J'ai conduit quelques heures puis j'ai bifurqué vers un endroit duquel je pourrai voir la mer. J'ai voulu Mai solitaire, réfléchi mais intensément commémoratif. Mai 68... Ces hordes de salauds ignares prétendant changer le monde comme on change de sous-vêtement un beau matin en contemplant la rosée qui avait recouvert les voitures en bordure du périphérique.
La côte est évidemment prise d'assaut. Les Français sont sans le sous mais sont tous en vacances pour quelques jours, remplissant ainsi les tables indigestes d'anciens révolutionnaires reconvertis dans le port du nœud papillon et du petit foulard Dior très distingué autour du cou. Je dois donc réfléchir vite au moyen de voir la mer, et éventuellement de l'embrasser, sans que je ne sois perçu par les terriens de France comme un extra-terrestre apeuré et affolé par leur remue-ménage vaguement organisé et coordonné par leurs synapses de dépressifs chroniques s'épanchant comme des roseaux sauvages battus par la vent sur le sort réservé aux sans-papiers ou aux critiques du dernier film d'Elsa Zilberstein dans la presse spécialisée de la badauderie niaise quotidienne.
Je retrouve les chemins de mon enfance, non loin du club de voile, au pied des falaises sur la route d'Honfleur, là ou Henri Verneuil avait planté sa caméra pour filmer Gabin et Belmondo refaire le monde à grande rasades de picon-bière. Autres temps...La mer est relativement calme. Je pars à sa rencontre. Sait-elle seulement que je suis porteur d'un message alors que j'ai laissé ma bouteille sur la banquette arrière la voiture afin de ne pas effrayer le passant hagard et naturellement perfide? Sait-elle que je viens de loin, que j'ai parcouru ce long chemin pour lui donner un baiser? La mer, elle, elle a l'air pénard. Il y a bien quelques marins qui profite de ses courants et adopte ses courbes sauvagement animales, mais ces gens là ne font de mal à personne. Ce ne sont plus des hommes. Ce sont des êtres humains qui n'ont jamais ressenti le besoin irascible dont font montre certains: devoir prendre le dernier métro et surtout ne pas oublier d'enfermer le chat dans le cellier pour pas faire peur à mémé.
Il est l'heure. L'heure où la nuit envahit le ciel et où les ombres s'estompent dans la pénombre crépusculaire des volutes iodées de certains villages côtiers.
23h00. La mer rassasiée de mes tendres baisers se retire doucement. Je rentre en direction de ce qu'ils pensent être la civilisation et me rue dans mon deuxième chez moi pour y déguster quelques crevettes vivantes avec un verre de Sancerre bien frais. Le Sancerre est un vin qui, quand on manque cruellement d'imagination a au moins l'inestimable vertu de satisfaire à tous les palais même aux plus exigeants. J'en reprends donc un deuxième et me dirige de nouveau vers le bord de mer, à quelques hectomètres, en prenant soin de ne pas conduire pour le moment. Les flics sont partout. C'est normal, il est désormais permis de s'amuser mais sans picoler! Moi, je ne m'amuse que très rarement en étant à-jeun. Je veux dire par là qu'il n'y rien de plus chiant qu'une soirée passée en compagnie de végétariens consommateurs invétérés d'eau gazeuse et de légumes biologiques!
Je suis sur les Planches. Je sortirai bien ma bouteille de Gentleman Jack, mais ça ferait désordre...Oui, vous connaissez surement. C'est assez beau l'été quand il n'y a personne. Des amoureux s'y baladent, main dans la main, le verbe discret et le cheveux dans la brise nocturne et coulante. Les gens qui s'aiment ne devraient jamais oublier que l'amour est un pêcher et que la haine est une vertu. Cette piètre assertion aussi péremptoire qu'inutile et superficielle ne vaut bien évidemment que pour l'amour des autres et pas de pour l'amour porté à l'autre! Cela vaut son pesant de distinguo.
C'est même ce qui fait de l'amour et de la haine les seuls sentiments encore totalement pures et absolument viables. Les êtres qui peupleront nos contrées demain matin n'auront qu'à méditer ce principe. Aimer à mourir ne vaut rien si l'on n'est pas capable de mourir sans aimer. C'est pour cela que nos amis de Mai 1968 se sont trompés. Ils n'aimaient pas et ne haïssaient point. Ils pataugeaient dans l'à peu-près, dans l'approximatif, dans la confusion des genres sans véritablement être capable de distinguer l'amour collectiviste de l'amour individualiste.
Mai 2008 sera donc l'occasion de leur rappeler quelques vérités. Des vérités qui sont les notres et qui ne leur appartiendront jamais...
Il est minuit passé. Je rentre chez moi, consulte mes mails...Elle pense à moi...et moi à mon petit déjeuner






Commentaires
1. Le vendredi 2 mai 2008 à 17:35, par Nexus
2. Le vendredi 2 mai 2008 à 23:20, par Marie
3. Le samedi 3 mai 2008 à 02:04, par Séverine
4. Le samedi 3 mai 2008 à 02:46, par MT
5. Le samedi 3 mai 2008 à 02:59, par Séverine
6. Le samedi 3 mai 2008 à 04:18, par kalle
7. Le samedi 3 mai 2008 à 09:33, par MT
8. Le samedi 3 mai 2008 à 10:43, par Séverine
9. Le samedi 3 mai 2008 à 14:40, par mum
10. Le dimanche 4 mai 2008 à 03:15, par MT
11. Le lundi 5 mai 2008 à 12:05, par Blonde & Not Dumb
Ajouter un commentaire
| 6 vote(s)