Seconde Partie de l'Entretien avec Paul Marie Couteaux
Par Major Tom |
mercredi 13 février 2008 à 00:59 | entretiens
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Fin de l'entretien avec Paul Marie Couteaux dont vous pouvez retrouver la première partie ici
Pour passer de l'Europe à l'international, au confluents de la France, de l'Europe et de l'international, il y a ce projet Sarkozien d'Union Méditerranéenne qu'on ne cesse de nous asséner chaque fois qu'il traverse la Méditerranée. Et qui inquiète assez…
PMC : Alors c'est moi qui vais vous poser une question pour le coup. Pourquoi inquiète-t-elle ?
Disons que l'orientation de l'Union Européenne n'est pas pour nous rassurer dans sa tendance actuelle. Alors si cette Europe se prolonge de l'autre côté de la Méditerranée, comme déjà il y a quelques passerelles qui existent, on ne voit pas non plus un futur radieux de ce côté là. Si l'avenir ne vient pas de l'Est , ni de la Méditerranée, qu'est ce qu'il nous reste ?
PMC : Mais qui « nous » ?Mais vous pensez vraiment à l'ancienne, vous vous croyez au 17e siècle ou quoi ? Qu'est ce qu'il « nous reste » ? Quel est ce « nous » ? Vous voulez dire la France ? Ou les Français ? Le Peuple de France ? Là, vous continuez sur la ligne naïve. C'est que pour Nicolas Sarkozy, lorsqu'il promeut cette idée d'Union Euro-Méditerranéenne – dont le contenu est assez insaisissable, mais enfin, on peut y mettre tellement de choses qu'il y en a certaines assez inquiétantes…
Ne serait-ce que la libre circulation des personnes entre les deux rives de la Méditerranée
PMC : Oui, ça peut être …. Mais , remarquez que ce n'est pas de sa compétence. C'est Amsterdam. La circulation des personnes, c'est de la compétence de l'Europe, laquelle pense qu'il faut de toute façon favoriser l'immigration. L'Europe manque d'immigrés, c'est le leitmotiv de Frattini. Mais je reviens au fond de votre pensée, parce que votre naïveté pour le coup, elle n'est pas feinte, elle est inquiétante, elle est sincère… Vous dites « qu'est ce qu'il nous reste », mais Nicolas Sarkozy ne pense pas en terme d'intérêt du Peuple français, ce n'est pas son idée du tout. Il ne se voit pas comme le défenseur de quelque chose qui ressemblerait à la France, à une Civilisation etc... C'est un internationaliste. C'est même plus qu'in internationaliste, il est anti national. Il ne pense pas du tout que le monde soit fait de nations indépendantes et souveraines qui coopèrent entre elles. Il n'est pas du tout dans ce schéma là.
Est-ce à dire que la majorité – on continue sur le mode naïf que j'aime bien – la majorité UMP le suit en façade, ou bien traîne-t-elle des pieds. Est-ce que vous avez l'impression que dans le microcosme politique, il y a des gens à droite qui prennent conscience un petit peu de la nature du danger ?
PMC : Il y a trois catégories de gens à droite. Il y a les minoritaires qui ne veulent pas entendre parler de la politique menée par l'actuel président de la république en considérant qu'elle n'est pas à droite et qu'elle est une espèce de politique soixantehuitarde habillée d'idées droitières avec l'aide d'un tailleur assez grossier qui s'appelle Henri Guaino, parce que finalement, la droite est hégémonique intellectuellement dans le peuple français. C'est bien pourquoi il faut lui retirer le pouvoir, au Peuple Français. Parce que vraiment, il pense très très mal. Et là ou on ne peut pas faire qu'il ait le pouvoir, il faut le tromper, c'est à dire lui servir la soupe qu'il veut, et puis faire l'inverse. Ca, c'est le schéma Sarkozy, il y a une partie de la droite qui ne marche pas dans la combine. Elle est très minoritaire.
Ce qui est majoritaire, c'est la droite institutionnelle, les militants UMP, les élus UMP, les cadres UMP, tous ceux qui ont un fromage à défendre, qui savent très bien que s'ils ruent dans les brancards, ils se collètent avec le principale pouvoir, qui n'est d'ailleurs pas celui de monsieur Sarkozy, mais celui des médias. Moi, par exemple, il faut que je prenne des précautions de sioux pour écrire tous les mois dans Valeurs Actuelles, et encore, je peux vous dire que ce n'est pas simple. J'envoie trois papiers au Figaro en ce moment pour qu'il en publie un. Et encore, je suis député, je suis réputé être un peu plus qu'un député de base, être un député qui veut dire des choses. Mais c'est très précautionneux. Or en politique, si vous n'avez pas l'accès au médias, vous êtes foutu. Y compris les médias locaux, le journal du coin. Donc, vous ne mouftez pas, parce que vous savez très bien que si vous l'ouvrez, ce sera fini de votre nom dans le journal, et si on ne voit plus votre nom dans le journal, vous n'êtes même pas élu au conseil municipal de Mirebeau en Poitou. Je caricature, mais c'est un peu ça !
Et puis, il y a une troisième catégorie, c'est le gens qui y croient. Il y a une droite française, en effet, qui est au fond le substrat de la droite française dans sa version la plus sotte, qui est anti nationale.
Finalement, la droite qui est au pouvoir aujourd'hui.
PMC : C'était déjà la droite française en 1940. Enfin la droite et la gauche, parce que 1940, c'est plus le fait de la gauche que de la droite. C'est la majorité du front populaire. Si vous voulez, on est dans ce cas de figure, c'est la majorité du front Populaire qui signe l'Armistice, c'est ce qui se passe aujourd'hui. Alors les uns pensent que sottement l'univers atlantique, européen, la maison blanche, au sens « la maison des blancs », le toit commun des blancs nous sauvera des ces « salauds d'arabes », de ces musulmans agressifs. Scénario à la con, complètement, comme on le disait en 1940, l'Allemagne nous sauvera du péril rouge, des hordes asiatiques, c'était le vocabulaire. Donc ils y croient ! Il faut faire cette espèce de grande fusion européenne, parce qu'au moins, on reste entre blancs, et si les américains peuvent mener la danse, c'est encore mieux, parce que comme ça, on aura les amerloques derrière nous pour casser de l'Arabe.
Ou des turcs…
PMC : Oui, mais vous savez, pour eux, les turcs sont complètement normalisés. En Anatolie, par exemple, il n'y sont pas allés. Moi je les connais, ils vont passer trois jours à Istanbul, il reviennent en disant « ah, ça ressemble à Chicago, c'est parfait ». Et ça ressemble à Chicago ! Mon père est né en Turquie, j'ai de la famille en Turquie, ils vivent comme vivent les américains d'Alabama. On met un rideau de fumée, un subtil écran pour cacher l'Anatolie, c'est à dire 90% de la population Turque.
Une question un petit peu provocatrice pour le souverainiste que vous êtes : à nos yeux, le grand règlement de compte orient-occident semble se profiler à travers la crise iranienne qui s'annonce, probablement pour 2008. Quel sens y a t il à se définir comme souverainiste à l'heure du choc des civilisations. On a l'impression qu'il va y avoir un confrontation inéluctable, est-ce que ça a encore un sens de se définir encore comme français à l'heure ou c'est des blocs entiers de continents qui sont prêts à se rentrer dedans. En tout cas, c'est perçu comme ça par beaucoup de gens.
PMC : C'est d'un simplisme ! Toute l'histoire du monde est l'histoire d'un interminable choc des civilisations. Le choc d'ailleurs a quelque chose de bon, le choc, c'est une rencontre brutale, elle peut nous renvoyer à nous même, elle peut être assez salutaire. Si vous voulez, le choc des civilisations, c'est arrivé tout à coup comme une espèce de machine de guerre qui a réveillé le racisme latent des blancs, sous la plume d'Huntington, à la fin des années 90. Au fond, c'est un simplisme américain qui répondait à un autre simplisme américain, celui de Fukuyama, c'est à dire celui de la fin de l'histoire. Alors, tombent le mur de Berlin, le rideau de fer, maintenant, il n'y a plus d'opposition, le monde s'unifie évidemment autour des Etats unis qui avaient gagné toutes les guerres du 20 e siècle, la première, la deuxième, la troisième… Il n'y a plus qu'un seul pôle de pouvoir, s'imaginait-il, donc c'est la fin de l'Histoire, il n'y a plus d'antagonismes, c'est parfait. Sauf que ça n'a pas du tout marché comme ça, on s'en est rendu compte peu de temps après avec la guerre du Golfe. La réponse au simplisme de Fukuyama, c'est le simplisme d'Huntignton : eh bien si, il y a encore des antagonismes : ils ne sont plus avec Moscou, ils sont avec une espèce de vague nébuleuse, on ne sait pas exactement ce que c'est, quel est le visage, est-ce que c'est Saddam, est ce que c'est Ben Laden, c'est assez diffus. Ca a été évidemment survolté par la très équivoque affaire du 11 septembre, très très équivoque. Mais tout ça, c'est des règlements de comptes stupides entre faux érudits américains. Pour un français, depuis Charles Martel, l'histoire de France et de l'Europe est une succession de chocs de civilisations. Allez demander aux viennois s'il n'y a pas eu un choc de Civilisations…
Nous sommes d'accords. En même temps, vous conviendrez que s'il y a un conflit, un bombardement de l'Iran, il ne sera pas forcément le bienvenu d'être un occidental dans un pays arabe dans les mois à venir.
PMC : C'est déjà le cas. Il n'est déjà pas très facile d'être un occidental dans un pays arabe.
Une personne proche qui habite au Maroc depuis trois ans va le quitter très prochainement, un peu poussée par un sentiment anti occidental qui n'existait pas à son arrivée, mais qui est réel aujourd'hui.
PMC : Mais je sais bien. Mon cousin Lusignan y a été assassiné ainsi que sa femme il y a un an et un mois à Rabah. Le nombre de blancs assassinés au Maroc est immense, seulement personne n'en parle. On a un petit peu parlé de lui parce qu'il était représentant adjoint de la commission… Alessandro. C'est un de mes amis et parents, j'avais déjeuné avec lui en juin, il a été assassiné avec sa pauvre femme, j'en fais un roman, d'ailleurs. C'est un des trois livres sur lesquels je travaille en ce moment. En plus c'est amusant, c'est un Lusignan, c'est à dire un héritier des rois de Chypre et de Jérusalem. Les Lusignan ont été parmi ces Francs qui ont traversé la Méditerranée pour défendre la chrétienté qui était déjà agressée à l'époque, je vous signale. Cela ne date pas d'aujourd'hui. Les premières expansions arabes se sont faites contre les chrétiens qui vivaient paisiblement en Orient. Donc le choc des civilisations, ce n'est pas d'aujourd'hui. Qu'est-ce que c'est que cette nouveauté ? Ce sont les américains qui découvrent ça, mais enfin… Nous on s'en fout ! Ce n'est pas mon thème du tout, le choc des Civilisations. Ce qui m'intéresse, c'est l'histoire, et elle est toujours violente.
Un dernier point toutefois sur l'Iran. Ne polarisons pas sur l'Iran. Pourquoi voulez vous que l'Iran n'ait pas la bombe atomique ? L'Iran est un vieux pays très sage, qui est entouré de bombes atomiques, d'ailleurs.
Est-ce que le régime des Mollah est si sage que ça ?
PMC : Oui, tout à fait. La sagesse même. Ils seront encore plus sages quand ils auront l'arme atomique. On dit une arme atomique musulmane, il y en a déjà une au Pakistan, à côté de l'Iran. Le Pakistan est un pays musulman, et d'ailleurs en ébullition. L'effet principal de cette bombe atomique est de pacifier les relations avec le voisin Indien. Je pense que l'arme atomique est une arme très pacificatrice. Heureusement, d'ailleurs, parce qu'il n'y a pas que l'Iran. Il y a une vingtaine de pays qui auront l'arme atomique d'ici une dizaine d'années alors autant ne pas se polariser sur l'Iran. Regardez : ce pays est entouré de puissances nuclaires : la Russie , le Pakistan, au sud l'Arabie Saoudite aura prochainement l'arme atomique, l'arme atomique turque n'est pas loin non plus ; Israël l'a : ça fait beaucoup, vous ne croyez pas ?
C'est vrai. Mais disons que chez nous domine ces vieilles conceptions de la neutralisation réciproque et de la dissuasion. Dans une philosophie ou le suicide est une mort acceptable voir souhaitable, est-ce que eux n'auraient pas de complexes à l'utiliser, contrairement à nous ?
PMC : Non… Il m'est même arrivé de dire en reprenant un texte de Couve de Murville que s'il y avait eu quelque part une bombe arabe, la question palestinienne serait beaucoup moins virulente aujourd'hui. Tout simplement parce que les israéliens seraient obligés de faire des concessions. Quand vous avez en face de vous un adversaire qui a l'arme atomique, vous faites profil bas, et puis vous négociez. On revient à une logique politique, on discute, comme on dit. C'est se mettre sur la place du village : si vous êtes en face de quelqu'un qui a une arme, bon : « ok, mec, on discute ». S'il n'en n'a pas, vous lui cassez la gueule et tous ses copains se mettent en ébullition, c'est exactement ce qui se passe au proche orient.
Mais il faut dire aussi que le jeu américain consiste beaucoup à tendre, c'est la stratégie de la tension. Comme tout empire. Et la tension fait justement qu'on substitue à la logique politique, qui est toujours une logique de discussion – donc de paix possible – une logique de la confrontation, et le jeu américain est un jeu qui consiste au proche orient à miser sur les extrémistes des deux camps, les intégristes islamistes aussi bien que les islamistes israéliens, et à entretenir les divisions sans fin.
Pour parler de le France, même si on n'a jamais cessé d'en parler, en 2005 à l'occasion des émeutes, vous appeliez le gouvernement à plus de fermeté envers les banlieusards. Quel serait votre diagnostic après Villiers le bel, sur les banlieues françaises ?
PMC : C'est toujours pareil. On agit là tout à fait en aval du sujet. De toute façon, il n'y a qu'une seule solution à ces problèmes d'intégration ratée, de plus en plus ratées, c'est grand un, mettre fin au regroupement familial, une fois pour toute, grand deux, expulser, mais pas à dose homéopathique, et sans passer par les tribunaux les sans papiers. Vous êtes sans papiers, vous prenez des avions, qui peuvent être des avions militaires. On les renvoie, si on trouve le moyen de savoir d'ou ils viennent, mais c'est une autre question, enfin bref… Et grand trois, vous rétablissez la double peine. C'est ça la fermeté. Mais la fermeté, ça suppose aussi – mais c'est affreux, ce que je vais dire – qu'on ne s'en remette pas aux féodalités judiciaires pour régler des questions d'ordre public. La magistrature est tout à fait inconsciente des nécessités de l'ordre public. Elle est d'un laxisme effrayant. Faut-il s'en remettre aux militants du syndicat de la magistrature pour régler les questions d'ordre public, je ne crois pas….
Donc finalement, avec 1300 banlieues chaudes identifiées aujourd'hui en France, le combat souverainiste se situe aujourd'hui à Bruxelles.
PMC : J'ai toujours dit que la souveraineté, ça valait pour tout. Ce n'est pas simplement bruxellois. Ca vaut aussi vis à vis de Washington. Ca vaut aussi vis a vis de toutes les autorités, tous les corps constitués, toutes les féodalités intérieures. Les communautés, etc… Qu'est ce que c'est la souveraineté, c'est l'autorité de l'Etat au service du bien commun. Evidemment, ça consiste à dire merde aux commissaires européens. Ca consiste aussi à dire merde aux … C'est comme ça depuis des siècles. C'est tout un. Si vous voulez, c'est une question d'autorité. Si vous êtes père de famille, et si vous admettez qu'un type vienne vous donner des ordres devant vos enfants en permanence, après vous n'aurez plus d'autorité vis à vis de vos enfants. C'est pareil pour l'état français. S'il n'est pas souverain, vieux problème Capétien depuis toujours, qu'est ce qui fait de le Roi était obéi, c'est qu'il défendait la souveraineté à l'extérieur. Et après quoi, il avait une autorité à l'intérieur. C'est Jeanne d'Arc faisant sacrer Charles VII, ou Philippe le Bel qui réussit à dompter les féodaux, c'est à dire les trublions intérieurs parce qu'il commence par affirmer une souveraineté vis à vis des pouvoirs extérieurs, y compris le pape s'agissant de Philippe le Bel d'ailleurs. Donc, au fond, je dis souveraineté, parce que c'est le mot juridique. Je devrais plutôt parler d'autorité de l'Etat, vis à vis de l'extérieur comme de l'intérieur.
Par rapport à cette notion de souveraineté, on parle beaucoup de ces banlieues qui sont en train de faire sécession, est-ce que finalement, l'enjeu, ça ne va pas être à terme de voir les classes moyennes basses qui risquent aussi de faire sécession, puisqu'il devient de plus en plus difficile quand on est smicard – compte tenu du coût de la vis, de rester dans les clous et de respecter les règles fixées par l'Etat ou ce qu'il en reste. Est ce que le grand enjeu ne va pas être le basculement des classes moyennes, et de savoir vers ou elles vont basculer, n'arrivant plus à joindre les deux bouts ?.
PMC : La classe moyennes françaises ne sont pas très très basses dans l'échelle de la souffrance humaine. Il y a encore de la marge de manœuvre, il y en a beaucoup. Elle n'est pas clochardisée. Et plus elle est en voie de clochardisation, plus elle se taira. Ou terrera. Avec un peu de propagande, il est très facile d'imposer aux hommes des conditions de vie inadmissibles. Et des moyens de propagande, il y en a beaucoup.
Ce que je veux dire, c'est qu'à partir du moment ou vous ne pouvez plus suivre le rythme de l'imposition, maintenir votre niveau de vie, forcément se pose la question du respect de la légalité, du travail au noir, des fraudes à la Caf…
PMC : C'est généralisé, de toute façon. On est dans un système ou l'inflation est telle que la majorité des règles ne sont pas respectées. On glisse vers un système anarchique, ou les normes sont très théoriques, et ou la règle est la fraude, évidemment, bien entendu. C'est très humain. Ca, c'est le propre de toutes les dictatures, si vous voulez. Les dictatures sont anarchiques, il faut penser ça. La vie quotidienne en Russie en 1960, c'était pour les questions politiques, la main de fer à Moscou, et quant à la vie quotidienne, c'était la débrouille générale. Ou dans les dictatures de pays africains ou autres, ça a l'air d'être des dictatures, et dans la vie courante, c'est à la va comme je te pousse, c'est l'anarchie douce.
Est ce à dire que selon vous, on est en train de glisser vers la dictature, ou plutôt la démocrature ?
PMC : Non. Pour les affaires publiques, au fond, pour ce qui est du bien commun, c'est à dire qu'on a tous des schémas dans la tête qui sont dépassés. On va vers un système ou le pouvoir sera très centralisé sur des questions essentielles. Comme n'importe quelle dictature de pays sous développé. L'armée, la pensée, il y a une espèce de norme. Et elle embraye de moins en moins sur le corps social, lequel se débrouille comme il peut. Mais il n'a plus accès aux questions politiques. Ce n'est même pas un afadissement de la démocratie, c'est un autre système.
Qu'on peut appeler l'oligarchie ?
PMC : Oui. C'est exactement ça. C'est à dire un peuple privé de politique et des oligarchies qui n'ont plus de lien avec lui. Hors sol. Hors nation. Comme tous les pays sous développés. C'est partout comme ça.
En tant qu'homme politique, selon la logique admise communément, vous vous devez d'apporter des embryons de solution. On a l'impression qu'à lheure actuelle, nottament à droite, c'est le désert absolu.
PMC : Eh bien la solution, c'est hélas très classique. Je n'ai pas d'autre solution que qu très classique, c'est le rétablissement d'un Etat souverain, d'une Res Publica, d'une pensée du bien commun, y compris par des voies démocratiques, mais je suis contre l'absolutisme démocratique. Regardez la cinquième république : elle a réussi grosso modo à mener une politique parce qu'elle procédait de toutes les sources de la légitimité selon Aristote. C'est à dire qu'il y avait une part monarchique, une part démocratique, une part aristocratique. Chacune des sources de légitimité limitait l'autre. Donc il est encore possible de retrouver une Res Publica. Pour ça, c'est ce que je dis, il faut restaurer l'Etat dans ses attributs essentiels qui sont la légitimité et la souveraineté. Ce sont des réponses très très classiques, mais si vous voulez, le problème était déjà le même pour les premiers rois capétiens. Le problème n'est pas de savoir ce qu'on va faire du pouvoir, le problème c'est de restaurer un pouvoir, une légitimité, une souveraineté. C'est la première chose à faire. Je ne vous parle pas du contenu d'une politique, je crois que la question est dans le préalable. C'est qu'on n'a même pas les instruments aujourd'hui pour mener une politique . Il est même absurde de penser mener une politique. D'ailleurs quand je disais tout à l'heure je souriais en moi même, que pour régler les questions d'immigration et d'intégration, qui vont de pair, supprimer le regroupement familial, etc... ça suppose que l'état redevienne suffisamment souverain, au sens indépendant, arbitre impartial, pour pouvoir prendre des décisions.
Sentez-vous un souffle, une envie, de la part vos collègues de la classe politique française ?
PMC : Les meilleurs se lamentent. Les autres trouvent que tout va très bien. Ou font semblant, puisque tout va très bien pour eux, il faut que tout aille très bien pour tout le monde, c'est encore plus commode. Les gens se lamentent, mais dans l'impuissance, parce qu'on a déjà tellement abandonné les instruments… Il faut dire aussi que le pouvoir d'un député européen est tellement faible que la lamentation ne porte pas à conséquence. Le pouvoir de tous les députés, puisque le pouvoir des députés nationaux non plus n'on pas grand pouvoir. Mais même lorsqu'ils ont des choses à dire ! Je vais vous raconter une anecdote pour finir, pour vous dire ou on en est. L'autre jour, je dis ça parce que c'est assez récent : on examinait un texte à l'initiative de la commission d'ailleurs, réformant le droit d'asile. Sur un point précis, faisant bénéficier le droit d'asile aux concubins. C'est à dire un type vient d'un pays africain, ou asiatique bénéficie du droit d'asile et veut en faire bénéficier un copine avec qui il a vécu dans tel ou tel autre pays. Ce qui est d'ailleurs invérifiable. Et un amendement de verts était simplet : y compris concubin du même sexe, évidemment on avait oublié ce cas de figure. J'ai trouvé ça tellement cornichon, évidemment j'ai voté contre : comment vérifier que monsieur untel a vécu en bonne et due forme avec monsieur untel… C'était tellement évident que je me suis dit que là, ils ne vont pas laisser passer ça. Eh bien pas du tout, il y a eu 27 contre et 624 pour. Pour cet amendement cornichon ! J'étais stupéfait ! J 'ai regardé mon tableau de vote, je me suis dit, je suis vraiment au milieu de demeurés ! C'est vous dire ou on en est ! Tout simplement parce qu'ils doivent se dire c'est ridicule, mais il ne faut pas se distinguer, parce que si on a son nom dans la presse comme homophobe ou des trucs comme ça, on va passer sous le tapis. Donc personne ne dit rien. L'état d'esprit de mes collègues, je m'en fous un peu, parce que quoi qu'ils pensent, ils sont obligés de voter dans le sens du vent. C'est beaucoup dire que la conclusion n'est pas drôle.







Commentaires
1. Le mercredi 13 février 2008 à 01:57, par océan11
2. Le mercredi 13 février 2008 à 02:33, par DagorDagorath
3. Le mercredi 13 février 2008 à 02:37, par DagorDagorath
4. Le mercredi 13 février 2008 à 10:31, par SK
5. Le mercredi 13 février 2008 à 12:08, par Nicolas
6. Le jeudi 14 février 2008 à 02:25, par Major Tom
7. Le jeudi 14 février 2008 à 12:40, par Proton
8. Le vendredi 22 février 2008 à 12:01, par spqr
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