L'heure est aux pots et pour les pots il n'y a pas d'heure. En effet, l'effervescence qui se profile dans nos lieux de travail est propice aux lendemains difficiles, surtout quand vous devez faire face à quelques personnes dans une salle austère pour signer quelques contrats dont vous réalisez soudain la totale vacuité. On vous enjoint de transférer les ordres de mouvement et le Jack Daniels exsude encore de vos tempes à peine rafraichies, comme si le sort des administrateurs dépendaient étroitement du liquide éparpillé dans votre moteur. Mais revenons sur le pot, qu'il soit de départ, d'adieu ou de fin d'année. Il est l'occasion de se féliciter sur les résultats, de s'entendre dire combien vous allez manquer à la dynamique que vous avait initiée et que votre départ (car rares sont les pots d'arrivée) constitue réellement une perte majeure au sein du groupe. Le naif se sentira volé et sera saisi d'une envie irrépressible d'aller crier tout son bonheur hargneux sur le boulevard embouteillé (ce qui est tout à fait normal à l'heure des pots!). Et puis il y les secrétaires qui n'ont pas été conviées et mais que vous n'avez eu pour cesse de carésser du regard.


Alors le pot commence. On se regarde timidement. On se rend compte qu'au fond, les personnes ainsi réunies ne se connaissent que très peu. On se met à imaginer le pire, à projeter ses fantasmes les plus tordus sur des bustes soudain devenus charnus. On s'imagine le pire vous dis-je! Les bouteilles de champagne jaillissent du réfrigérateur telles des trapézistes moldaves au fin fond d'un Barnum dont les principaux protagonistes ne savent meme pas qu'ils ne sont guère droles. On se rue avec classe mais férocité sur les amuse-gueules en se rinçant le fond de la bouche avec ce qu'il restera et puis on se dit qu'il est regrettable de ne pas avoir saisi l'occasion de se saisir de la femme de ménage africaine aux formes généreuses et aux lèvres...ah...aux lèvres...Mais on se ressaisit. On se dit qu'au fond, ce n'est qu'un des effets désinhibateur de l'alcool et que ses aspirations éclatant au grand jour ne sont que forfanteries et pures fantasmes d'homme gaté. On se met à penser qu'on irait bien aux putes avec les deux trois collègues qui jonchent encore dans la salle spécialement aménagée pour ce festin aux allures de grand festival carnavalesque pour grandes ames entrepreneuriales. Mais les putains sont devenues rares, aussi précieuses que les plus grand vins. Il n'y en a malheureusement plus. Il n'y a que de pales copies, de frivoles ambigues qui contre un billet synonyme de rançon s'évertuent à vous faire croire que vous etes le plus grand des amants. La sagesse et le peu de lucidité qu'ils vous restent vous incitent donc à la prudence. Il est 20h23 à la toquante et vous voilà totalement ivre. Vous allumez donc une cigarette sur votre lieu de travail, ce qui vous semble parfaitement normal. Vous entendez meme un vieux tube de Dean Martin s'appitoyer dans vos tympans..."You're nobody...until somebody loves you..."


Mais laissons de coté Deano et les bimbos et concluons net cette histoire qui n'intéresse personne: l'année 2007 qui fut en ce qui me concerne l'année de la rupture touche à sa fin. Oui, je le dis sans regret, l'alcool et moi, c'est terminé...jusqu'en 2008 naturellement...