Ségolène Royal est sortie du deuxième tour des élections présidentielles vaincue mais gagnante. Celle qui avait été désignée par la base socialiste ne pouvait pas perdre entend-on ça et là. Faisant face à un sortant, débarrassée de l'héritage douloureux du 21 Avril et seule en tete sur la ligne de départ après avoir réduit à néant les ambitions des éléphants, l'issue du scrutin ne pouvait souffrir d'aucun doute, d'aucune réserve: Ségolène Royal livrerait une dure bataille face à Nicolas Sarkozy, mais elle serait élue et deviendrait ainsi la première socialiste invitée à s'installer à l'Elysée depuis le départ de son Pygmalion, François Mitterrand himself.

Mais, à l'instar de la vie, les plus belles histoires ne sont-elles pas celles aux épilogues tragiques et on ne peut plus prévisibles? Ségolène Royal en a fait l'expérience dimanche dernier. Quelques minutes après l'officialisation des résultats acquis depuis le premier tour, les parias d'hier ayant envahi les studios de télévision, sont devenus procureurs et bourreaux, trop heureux de pouvoir enfin ouvrir leur bouche et de se laisser aller à dire ce qui ne pouvait l'etre avant. Solidarité et discipline obligent! Furibond et déterminé, DSK envoie les premières salves à l'encontre de la candidate. Il n'a guère le choix. Son OPA sur la parti socialiste ne peut attendre. Acte murement réfléchi et programmé depuis la désignation de la candidate en fin d'année dernière. Pour que l'ancien pensionnaire de Bercy puisse se présenter en 2012, il faut que Nicolas Sarkozy soit élu et qu'il le soit de la manière la plus éclatante si possible. Ségolène Royal ne pourra pas absorber le choc de cette cuisante défaite.

Seulement, la madone est pugnace, combattive et rusée. En évoquant dès hier les élections de 2012, elle se place comme la personne incontournable, la sentinelle du parti, le seul recours réellement viable pour rénover et moderniser le P.S. Elle a pour elle l'assentiment des militants et une vision manichéenne des manoeuvres politiques assez remarquables. Il faut au moins lui reconnaitre cela. L'objectif de la mission Royal ainsi révélé devient limpide, clair et réfléchi: François Hollande hors-jeu, la direction du parti sera à prendre après la deuxième claque- inévitable aussi- des législatives. Restent deux problèmes épineux: le cas DSK bien entendu, mais celui ayant trait à la gauche du P.S, représentée par Henry Emmanuelli, Julien Dray, Laurent Fabius et Chevènement.

C'est dans ce contexte explosif au sein même du parti socialiste que surgit la stratégie Sarkozy: gouvernement d'ouverture. On contacte Bernard Kouchner, Claude Allègre (nous étions sur le coup!) et Hubert Védrine. Les deux derniers, fidèles compagnons d'un Lionel Jospin frustré, irrité, donc revanchard, risquent fort d'etre appelés aux responsabilités. Claude Allègre selon le JDD aurait en effet accepté de se voir confier la lourde mission de réformer nos universités alors qu'Hubert Védrine se serait vu proposer le Quai d'Orsay. Quant à Eric Besson, il semble difficile de se passer de ses compétences remarquables sur les questions économiques et sociales. S'entourer des meilleurs certes. Mais ne peut-on pas aussi voir dans cette ouverture une volonté de contribuer activement à la rénovation du P.S? Il serait en effet plus conforme à l'ère du temps d'avoir en face de la majorité présidentielle une gauche moderne, faisant de l'économie de marché une arme et non pas une menace. Cela bénéficierait à la gauche, mais aussi à la France et à l'Europe. L'enterrement du Parti Communiste appelle à la mise en oeuvre d'un vaste chantier auquel participe activement Bernard Tapie dans son propre parti, le Parti Radical de gauche. Mais le maitre d'oeuvre ne sera ni Ségolène Royal, ni DSK, ni Laurent Fabius. Ce sera Nicolas Sarkozy. Après avoir sonné le glas du Front National. Après avoir fait imploser l'UDF et pousser Bayrou dans des retranchements desquels il ne pourra jamais s'extirper, le nouveau Président se voit confier un nouveau challenge: morderniser la gauche française. Quand on vous dit qu'il se passe des choses depuis quelques jours...