Pas question, ici, de faire du délit de sale gueule. Non. Pas plus que de tirer � vue sur des Enarques parce qu'ils le sont. Mais force quand même est de remarquer que Philippe Bas, notre nouveau ministre de la Santé, est un cas exemplaire. Pas seulement du premier de la classe � lunette. Même s'il semble relativement bien correspondre � la caricature. Mais aussi de l'Enarque qui, après un haut poste administratif, fait sa carrière politique dans les cabinets, pour finir, en fin de législature, par se voir offrir un poste un peu plus exposé de ministre en interim. Avant, en tant que ministre délégué � la Sécurité sociale, aux Personnes handicapées, aux Personnes âgées et � la Famille -ouf, il s'était occupé de toutes ces catégories en effectuant quelques réformettes obscures. De sensibilité prétenduement démocrate-chrétienne et de fait chiraquienne s'est ainsi penché sur le cas de nos vieux � qui on fait des misères, de la petite enfance � qui on refuse l'entrée dans les boîtes de nu... crèches, des handicapés qui ne sont pas encore assez écoutés et pris en compte dans la société. Etc.

Il y a, dans le destin extraordinaire de Phillipe Bas (tout le monde ne devient pas ministre tout de même), quelque chose d'une grandeur passée. D'un moment où devenir ministre signifiait quelque chose. Où la préfectorale était respectée. Où les carrières administratives dans la haute fonction publique avaient de la noblesse. Avec Philippe Bas, on sent le cabinet ministériel très légèrement poussiéreux, emprunt d'une odeur mélange de tapisserie et d'ancien mobilier républicain. On imagine la pile de dossiers sur son bureau. Son regard concentré derrière ses lunettes. Le mouvement de sa si étrange bouche lorsqu'il appelle sa secrétaire de manière un peu sèche.

Il y a, pour dire vrai, quelque chose de digne. Qui résiste � la décadence et � la starisation. Et, pour dire la plus parfaite vérité, cela nous fait peur.