(Première partie ici)

La piétaille perse progresse vers le sud dans la plaine trachinienne L’amiral grec Eurybiade voit de son côté avancer vers lui la marine perse bien supérieure en nombre. N’écoutant que son courage, il se replit, prenant le risque d’un débarquement perse derrière les troupes occupant le défilé des Thermopyles. Mais parfois la lâcheté paie… Une tempête se lève alors au large de l’Artémision pour 3 jours de fin du monde avec le concours de Borée.

« Cependant, l’armĂ©e navale, en mer, continuait sa route, et lorsqu’elle arriva sur la cĂ´te de la MagnĂ©sie, entre le cap SĂ©pias et CasthanĂ©e, les navires de la première ligne s’amarrèrent au rivage et les autres restèrent ďż˝ l’ancre ďż˝ cĂ´tĂ© d’eux ; comme la plage n’était pas très Ă©tendue, ils mouillèrent sur 8 rangs, tournĂ©s vers la haute mer. Mais ďż˝ l’aube, après une nuit calme et sereine, la mer se mit ďż˝ bouillonner, une terrible tempĂŞte se dĂ©chaĂ®na , avec de violentes rafales du vent d’est, celui qu’on appelle dans le pays l’Hellespontien. (…) tous les navires qu’elle surprit sur la mer furent jetĂ©s les uns contre les rochers du PĂ©lion, qu’on appelle « les Fours », les autres sur la plage ; certains allèrent s’échouer sur les flancs du mĂŞme cap SĂ©pias, et les vagues en jetèrent d’autres ďż˝ la cĂ´te, aux villes de MĂ©libĂ©e et de CasthanĂ©e. Rien ne put rĂ©sister ďż˝ la fureur de l’Ouragan. »

Un peu plus loin dans le texte, on peut mesurer le caractère « fondateur » de cette bataille. Un relent d’âge d’or flotte sur cette tempĂŞte de l’ArtĂ©mision oĂą les Dieux ont Ă©galement leur mot ďż˝ dire. Cette bataille, certes bien rĂ©elle, revĂŞt un caractère ontologique avec cette confrontation d’une surhumanitĂ© composĂ©e de 300 spartiates dont on connaĂ®t presque chaque prĂ©nom, face ďż˝ une monstrueuse marĂ©e d’envahisseurs serviles. On l’a vu dans la première partie, les Spartiates sont les descendants d’HĂ©raclès. Leurs alliĂ©s AthĂ©niens ont Ă©galement quelques arguments ďż˝ faire valoir.

« Les AthĂ©niens, dit-on, sur la foi d’un oracle avaient invoquĂ© le vent BorĂ©e, car un oracle supplĂ©mentaire leur avait conseillĂ© d’invoquer la protection de leur gendre. Or, d’après les grecs, BorĂ©e a pour femme une AthĂ©nienne, Orythie, fille d’ErechthĂ©e. (…) Sur les bateaux, qui guettaient l’ennemi ďż˝ Chalcis en EubĂ©e, dès qu’ils sentirent la tempĂŞte approcher ou mĂŞme avant, ils sacrifièrent ďż˝ BorĂ©e et Orythie et les conjurèrent de perdre les nefs des barbares, comme l’autre fois au Mont Athos.».

Mauvais augure pour les perses. 400 navires coulés et avec eux les vivres, les équipages et les troupes embarquées. C’est assez pour faire perdre l’avantage numérique écrasant qu’avaient les perses sur les mers. Désormais ils ne pourront plus scinder leurs escadres, de peur de tomber sur grecs plus nombreux. Les marins grecs d’ailleurs s’enhardissent font demi-tour et coulent une trentaine de navires appartenant aux renégats ioniens. Une nouvelle tempête se lève, expédiant par le fond une seconde escadre perse qui devait réopérer le contournement. Autant de navires qui manqueront considérablement � Salamine un an plus tard. Cette fois-ci c’est � Poséidon Sauveur que les grecs rendent grâce.

Comme dirait Shurik’N, ďż˝ l’intĂ©rieur les choses Ă©taient moins roses… Xerxès a bien notĂ© la colère des Dieux grecs, et Ă©vite soigneusement de les indisposer en traversant une forĂŞt sacrĂ©e. Il campe sur le territoire de la ville de Trachis et les grecs dans le dĂ©filĂ© appelĂ© « Les portes des eaux chaudes ». En fait les grecs sont lĂ©gèrement plus que 300, car du moins au dĂ©part ils frĂ´laient les 7000 :

« Il y avait 300 hoplites de Sparte, 1000 de TĂ©gĂ©e et de MantinĂ©e (500 de chacune des 2 villes), 120 d’Orchomène en Arcadie et 1000 du reste de la rĂ©gion : c’est tout pour l’Arcadie. Corinthe avait envoyĂ© 400 hommes, Phlionte 200 et Mycènes 80. Voilďż˝ les forces qui venaient du PĂ©loponnèse. De BĂ©otie venaient 700 Thespiens et 400 ThĂ©bains. AppelĂ©s ďż˝ la rescousse, les Locriens d’Oponte avaient envoyĂ© toutes leurs forces et les Phocidiens 1000 hommes. »

(Hoplites spartiates dans le jeu video Rome total war)

La première reconnaissance perse est trompeuse, l’éclaireur n’aperçoit que quelques spartiates « occupĂ©s les uns ďż˝ faire de la gymnastique, les autres ďż˝ peigner leur chevelure ». Il retourne tranquillement vers Xerxès pour qui cette attitude semble risible. Son conseiller grec, DĂ©marate, le met pourtant en garde :

« Ces hommes sont ici pour nous barrer le passage, ils se prĂ©parent ďż˝ le faire, car ils ont cette coutume : c’est lorsqu’ils vont risquer leur vie qu’ils ornent leur tĂŞte. Au reste, sache-le bien : si tu l’emportes sur ces hommes et ce qu’il en reste dans Sparte, il n’est pas d’autre peuple au monde, seigneur, qui puisse s’opposer ďż˝ toi par les armes ; aujourd’hui tu marches contre le royaume le plus fier, contre les hommes les plus vaillants qu’il y ait en Grèce. »

Xerxès gage toutefois que l’ennemi s’enfuira � la vue de son approche, et campe 4 jours sous le nez des grecs. Exaspéré, au cinquième jour, il lance contre eux une première vague composée de Mèdes et de Cissiens (habitants de la région de Suse) puis une seconde, avec cette fois-ci ces Immortels. 2 cruelles désillusions en une journée.

« ''Les Mèdes se jetèrent sur les Grecs ; beaucoup tombèrent, d'autres prenaient leur place et, si maltraitĂ©s qu'ils fussent, ils ne rompaient pas le contact ; mais ils ne pouvaient dĂ©loger l'adversaire malgrĂ© leurs efforts. Et ils firent bien voir ďż˝ tout le monde, ďż˝ commencer par le roi, qu'il y avait lďż˝ une foule d'individus, mais bien peu d'hommes. La rencontre dura toute la journĂ©e. Les Mèdes, fort malmenĂ©s, se retirèrent alors et les Perses les remplacèrent, ceux que le roi nommait les Immortels, avec Hydarnès ďż˝ leur tĂŞte ; ceux-lďż˝ pensaient vaincre sans peine, mais, lorsqu'ils furent ďż˝ leur tour aux prises avec les Grecs, ils ne furent pas plus heureux que les soldats mèdes, car ils combattaient dans un endroit resserrĂ©, avec des lances plus courtes que celles des Grecs et sans pouvoir profiter de leur supĂ©rioritĂ© numĂ©rique. Les LacĂ©dĂ©moniens firent preuve d'une valeur mĂ©morable et montrèrent leur science achevĂ©e de la guerre, devant des hommes qui n'en avaient aucune ; en particulier ils tournaient le dos ďż˝ l'ennemi en Ă©bauchant un mouvement de fuite, sans se dĂ©bander, et, lorsque les Barbares qui les voyaient fuir se jetaient ďż˝ leur poursuite en dĂ©sordre avec des cris de triomphe, au moment d'ĂŞtre rejoints ils faisaient volte-face et revenaient sur leurs pas en abattant une foule de Perses ; des Spartiates tombaient aussi, mais en petit nombre. Enfin, comme ils n'arrivaient pas ďż˝ forcer le passage malgrĂ© leurs attaques, en masse ou autrement, les Perses se replièrent. Tandis que la bataille se dĂ©roulait, Xerxès, dit-on, regardait la scène et trois fois il bondit de son siège, craignant pour son armĂ©e. Voilďż˝ comment ils luttèrent ce jour-lďż˝ ''. »

Immortel perse suivi d'un guerrier Mède

Configuration des lieux, supĂ©rioritĂ© de l’armement, brio tactique : le nombre ne pĂ»t rien pour les perses ce jour lďż˝ qui se heurtèrent ďż˝ un vĂ©ritable mur de fer et furent transpercĂ©s de part en part. Le premier jour fĂ»t donc un complet dĂ©sastre pour le grand roi. Le second jour n’allait guère lui apporter plus de satisfaction.

« Le lendemain, les Barbares ne furent pas plus heureux ; comme leurs adversaires n'Ă©taient pas nombreux, ils les supposaient accablĂ©s par leurs blessures, incapables de leur rĂ©sister encore, et ils reprirent la lutte ; mais les Grecs, rangĂ©s en bataillons et par citĂ©s, venaient ďż˝ tour de rĂ´le au combat, sauf les Phocidiens chargĂ©s de surveiller le sentier dans la montagne. Les Perses constatèrent que la situation ne leur offrait rien de nouveau par rapport ďż˝ la veille, et ils se replièrent. »

La situation est donc bloquĂ©e. Et c’est par la traĂ®trise qu’elle trouvera une issue. HĂ©rodote pense avoir identifiĂ© le traĂ®tre mais admet que plusieurs hypothèses circulent :

« ''Xerxès se demandait comment sortir de cet embarras lorsqu'un Malien, Éphialte fils d'Eurydèmos, vint le trouver dans l'espoir d'une forte rĂ©compense : il lui indiqua le sentier qui par la montagne rejoint les Thermopyles, et causa la mort des Grecs qui demeurèrent ďż˝ leur poste. Par la suite Ephialte craignit la vengeance des LacĂ©dĂ©moniens et s'enfuit en Thessalie ; mais, bien qu'il se fĂ»t exilĂ©, lorsque les Amphictyons se rĂ©unirent aux Thermopyles, les Pylagores mirent sa tĂŞte ďż˝ prix ; plus tard il revint ďż˝ Anticyre oĂą il trouva la mort de la main d'un Trachinien, AthĂ©nadès ; cet AthĂ©nadès le tua d'ailleurs pour une tout autre, mais il n'en fut pas moins rĂ©compensĂ© par les LacĂ©dĂ©moniens. Telle fut, plus tard, la fin d'Éphialte. Cependant une autre tradition veut qu'OnĂ©tès de Carystos, fils de Phanagoras, et Corydallos d'Anticyre aient renseignĂ© le roi et permis aux Perses de tourner la montagne, — tradition sans valeur ďż˝ mon avis : une première raison, c'est que les Pylagores n'ont pas mis ďż˝ prix les tĂŞtes d'OnĂ©tès et de Corydallos, mais celle d'Éphialte de Trachis, et ils devaient ĂŞtre bien informĂ©s ; ensuite nous savons qu'Éphialte a pris la fuite ďż˝ cause de cette accusation car, sans ĂŞtre Malien, OnĂ©tès pouvait bien connaĂ®tre l'existence du sentier s'il avait circulĂ© dans le pays, mais l'homme qui a guidĂ© les Perses par la sente en question, c'est Ephialte, c'est lui que j'accuse de ce crime. (…)Le sentier se prĂ©sente ainsi : il part de l'Asopos qui coule dans cette gorge ; la montagne et le sentier portent tous les deux le nom d'AnopĂ©e. La sente AnopĂ©e franchit la crĂŞte de la montagne pour aboutir ďż˝ la ville d'Alpènes, première ville de Locride du cĂ´tĂ© des Maliens, en passant par la roche qu'on appelle MĂ©lampyge — Fesse Noire — et la demeure des Cercopes, sa partie la plus Ă©troite''. »

A partir de ce moment, les spartiates et leurs alliés sont condamnés. Les Immortels se lancent rapidement sur le sentier et bousculent les hoplites phocidiens qui le gardaient, et qui n’opposent guère de résistance et s’enfuient. Le défilé des Thermopyles se transforme alors en piège pour les spartiates. Cependant ces derniers, avertis de l’arrivée de l’ennemi dans leur dos, ont encore la possibilité de s’enfuir, mais c’est bien mal les connaître.

« ''Les Grecs qui dĂ©fendaient les Thermopyles apprirent du devin MĂ©gistias, d'abord, que la mort leur viendrait avec le jour : il l'avait vu dans les entrailles des victimes. Ensuite il y eut des transfuges qui leur annoncèrent que les Perses tournaient leurs positions ; ceux-ci les alertèrent dans le courant de la nuit. Le troisième avertissement leur vint des sentinelles qui, des hauteurs, accoururent les prĂ©venir aux premières lueurs du jour. Alors les Grecs tinrent conseil et leurs avis diffĂ©rèrent, car les uns refusaient tout abandon de poste, et les autres Ă©taient de l'avis opposĂ©. Ils se sĂ©parèrent donc, et les uns se retirèrent et s'en retournèrent dans leur pays, les autres, avec LĂ©onidas, se dĂ©clarèrent prĂŞts ďż˝ rester sur place. On dit encore que LĂ©onidas, de lui-mĂŞme, les renvoya parce qu'il tenait ďż˝ sauver leurs vies ; pour lui et pour les Spartiates qui l'accompagnaient, l'honneur ne leur permettait pas d'abandonner le poste qu'ils Ă©taient justement venus garder. Voici d'ailleurs l'opinion que j'adopte de prĂ©fĂ©rence, et pleinement quand LĂ©onidas vit ses alliĂ©s si peu enthousiastes, si Peu disposĂ©s ďż˝ rester jusqu'au bout avec lui, il les fit partir, je pense, mais jugea dĂ©shonorant pour lui de quitter son poste ; ďż˝ demeurer sur place, il laissait une gloire immense après lui, et la fortune de Sparte n'en Ă©tait pas diminuĂ©e. En effet les Spartiates avaient consultĂ© l'oracle sur cette guerre au moment mĂŞme oĂą elle commençait, et la Pythie leur avait dĂ©clarĂ© que LacĂ©dĂ©mone devait tomber sous les coups des Barbares, ou que son roi devait pĂ©rir. Voici la rĂ©ponse qu'elle leur fit, en vers hexamètres'' : « ''Pour vous, citoyens de la vaste Sparte, Votre grande citĂ© glorieuse ou bien sous les coups des PersĂ©ides Tombe, ou bien elle demeure ; mais sur la race d'HĂ©raclès, Sur un roi dĂ©funt alors pleurera la terre de LacĂ©dĂ©mone Son ennemi, la force des taureaux ne l'arrĂŞtera pas ni celle des lions, Quand il viendra : sa force est celle de Zeus. Non, je te le dis, Il ne s'arrĂŞtera pas avant d'avoir reçu sa proie, ou l'une ou l'autre. » LĂ©onidas pensait sans doute ďż˝ cet oracle, il voulait la gloire pour les Spartiates seuls, et il renvoya ses alliĂ©s; voilďż˝ ce qui dut se passer, plutĂ´t qu'une dĂ©sertion de contingents rebelles, en dĂ©saccord avec leur chef.'' »

Le devin lui-même décida de combattre et mourir sur place, après avoir renvoyé son fils… O tempora o mores. C’était un beau jour pour mourir il faut croire. Ils moururent donc, tous jusqu’au dernier, non sans entraîner en enfer un nombre conséquent d’adversaires dont certains prestigieux. Voici la geste de leur dernière bataille.

« ''Les alliĂ©s renvoyĂ©s par LĂ©onidas se retirèrent donc, sur son ordre, et seuls les Thespiens et les ThĂ©bains restèrent aux cĂ´tĂ©s des LacĂ©dĂ©moniens. Les ThĂ©bains restaient par force et contre leur grĂ©, car LĂ©onidas les gardait en guise d'otages ; mais les Thespiens demeurèrent librement et de leur plein grĂ© : ils se refusaient, dirent-ils, ďż˝ laisser derrière eux LĂ©onidas et ses compagnons ; ils restèrent donc et partagèrent leur sort. Ils avaient ďż˝ leur tĂŞte DĂ©mophilos fils de Diadromès. Au lever du soleil Xerxès fit des libations, puis il attendit, pour attaquer, l'heure oĂą le marchĂ© bat son plein, — ceci sur les indications d'Éphialte, car pour descendre de la montagne il faut moins de temps et il y a moins de chemin que pour la contourner et monter jusqu'ďż˝ son sommet. Donc, Xerxès et les Barbares attaquèrent, et les Grecs avec LĂ©onidas, en route pour la mort, s'avancèrent, bien plus qu'ďż˝ la première rencontre, en terrain dĂ©couvert. Ils avaient d'abord gardĂ© le mur qui leur servait de rempart et, les jours prĂ©cĂ©dents, ils combattaient retranchĂ©s dans le dĂ©filĂ© ; mais ce jour-lďż˝ ils engagèrent la mĂŞlĂ©e hors du passage et les Barbares tombèrent en foule, car en arrière des lignes leurs chefs, armĂ©s de fouets, les poussaient en avant ďż˝ force de coups. Beaucoup d'entre eux furent prĂ©cipitĂ©s ďż˝ la mer et se noyèrent, d'autres plus nombreux encore, vivants, se piĂ©tinèrent et s'Ă©crasèrent mutuellement et nul ne se souciait de qui tombait. Les Grecs qui savaient leur mort toute proche, par les Perses qui tournaient la montagne, firent appel ďż˝ toute leur valeur contre les Barbares et prodiguèrent leur vie, avec fureur. Leurs lances furent bientĂ´t brisĂ©es presque toutes, mais avec leurs glaives ils continuèrent ďż˝ massacrer les Perses. LĂ©onidas tomba en hĂ©ros dans cette action, et d'autres Spartiates illustres avec lui parce qu'ils furent des hommes de coeur, j'ai voulu savoir leurs noms, et j'ai voulu connaĂ®tre aussi ceux des Trois Cents. Les Perses en cette journĂ©e perdirent aussi bien des hommes illustres, et parmi eux deux fils de Darius, Abrocomès et HypĂ©ranthès, nĂ©s de la fille d'Artanès, Phratagune (Artanès Ă©tait frère du roi Darius et fils d'Hystaspe, fils d'Arsamès ; il avait donnĂ© sa fille ďż˝ Darius avec, en dot, tous ses biens, car il n'avait pas d'autre enfant). Donc deux frères de Xerxès tombèrent dans la bataille, et Perses et LacĂ©dĂ©moniens se disputèrent farouchement le corps de LĂ©onidas, mais enfin les Grecs, ďż˝ force de vaillance, le ramenèrent dans leurs rangs et repoussèrent quatre fois leurs adversaires. La mĂŞlĂ©e se prolongea jusqu'au moment oĂą survinrent les Perses avec Éphialte. Lorsque les Grecs surent qu'ils Ă©taient lďż˝ , dès cet instant le combat changea de face ils se replièrent sur la partie la plus Ă©troite du dĂ©filĂ©, passèrent de l'autre cĂ´tĂ© du mur et se postèrent tous ensemble, sauf les ThĂ©bains, sur la butte qui est lďż˝ (cette butte se trouve dans le dĂ©filĂ©, ďż˝ l'endroit oĂą l'on voit maintenant le lion de marbre Ă©levĂ© ďż˝ la mĂ©moire de LĂ©onidas. Lďż˝ , tandis qu'ils luttaient encore, avec leurs coutelas s'il leur en restait un, avec leurs mains nues, avec leurs dents, les Barbares les accablèrent de leurs traits : les uns, qui les avaient suivis en renversant le mur qui les protĂ©geait, les attaquaient de front, les autres les avaient tournĂ©s et les cernaient de toutes part''. »

Il n’est pas que Léonidas qui soient entrés dans la légende ce jour-l� . Certains mots résonnent encore, au point d’être toujours aujourd’hui la devise des régiments grecs.

« ''Si les LacĂ©dĂ©moniens et les Thespiens ont montrĂ© un pareil courage, l'homme brave entre tous fut, dit-on, le Spartiate DiĂ©nĂ©cès dont on rapporte ce mot qu'il prononça juste avant la bataille : il entendait un homme de Trachis affirmer que, lorsque les Barbares dĂ©cochaient leurs flèches, la masse de leurs traits cachait le soleil, tant ils Ă©taient nombreux ; nullement Ă©mu le Spartiate rĂ©pliqua, sans attacher d'importance au nombre immense des Perses, que cet homme leur apportait une nouvelle excellente : si les Mèdes cachaient le ciel, ils combattraient donc ďż˝ l'ombre au lieu d'ĂŞtre en plein soleil. Cette rĂ©plique et d'autres mots de la mĂŞme veine perpĂ©tuent, dit-on, le souvenir du Spartiate DiĂ©nĂ©cès. Après lui les plus braves furent, dit-on, deux frères, des LacĂ©dĂ©moniens, AlphĂ©os et Macon, les fils d'Orsiphantos. Le Thespien qui s'illustra tout particulièrement s'appelait Dithyrarnbos fils d'Harmatidès. Les morts furent ensevelis ďż˝ l'endroit mĂŞme oĂą ils avaient pĂ©ri, avec les soldats tombĂ©s avant le dĂ©part des alliĂ©s renvoyĂ©s par LĂ©onidas ; sur leur tombe une inscription porte ces mots : « Ici, contre trois millions d'hommes ont luttĂ© jadis Quatre mille hommes venus du PĂ©loponnèse. » Cette inscription cĂ©lèbre tous les morts, mais les Spartiates ont une Ă©pitaphe spĂ©ciale : « Ă‰tranger, va dire ďż˝ Sparte qu'ici Nous gisons, dociles ďż˝ ses ordres. » Voilďż˝ l'Ă©pitaphe des LacĂ©dĂ©moniens, et voici celle du devin MĂ©gistias : « Ici repose l'illustre MĂ©gistias, que les Mèdes Ont tuĂ© lorsqu'ils franchirent le Sperchios ; Devin, il savait bien que la Mort Ă©tait lďż˝ , Mais il n'accepta pas de quitter le chef de Sparte''. »

A vrai dire, seuls les ThĂ©bains, les « malgrĂ© eux » de l’histoire furent Ă©pargnĂ©s par Xerxès. Ce dernier n’eut pas un triomphe très digne puisqu’il fĂ®t dĂ©capiter LĂ©onidas et placer sa tĂŞte sur une lance. Voici l’histoire des Thermopyles, mais la guerre allait encore durer plusieurs annĂ©es et connaĂ®tre des Ă©pisodes glorieux ou funestes. Athènes fĂ»t Ă©vacuĂ©e, ďż˝ l’exception de quelques centaines d’irrĂ©ductibles qui voulurent dĂ©fendre le ParthĂ©non, et dĂ©vastĂ©e par les perses. Puis ce fĂ»t le roll-back avec la victoire maritime de Salamine, et celle terrestre de PlatĂ©es, oĂą la plus grande armĂ©e hellène de tous les temps (110 00 hommes) Ă©crasa dĂ©finitivement la piĂ©taille eurasiatique pourtant 3 fois plus nombreuse. Athènes s’accapara le prestige des victoires hellĂ©niques, et devint la première dĂ©mocratie impĂ©riale de l’histoire, ce qui fĂ®t grandir le ressentiment des autres citĂ©s. 30 ans après PlatĂ©es Ă©clata la guerre du Pelloponèse, si bien racontĂ©e par Thucydide, ou Sparte vainquit après moultes pĂ©ripĂ©ties. Quelques dĂ©cennies plus tard ce furent les ThĂ©bains puis les MacĂ©doniens qui la mirent ďż˝ leur tour au pas, MacĂ©doniens qui d’ailleurs avaient un compte ďż˝ rĂ©gler avec les perses. Mais ceci est une autre histoire…

Source : HĂ©rodote - edition Folio classique poche Liens intĂ©ressants : - Les Thermopyles vus par Alexandre Dumas - La perse racontĂ©e par le gĂ©ographe antique Strabon - Les Thermopyles dans Wikipedia US - Sparte sur Memo.fr - Grandeur et misère de l'hoplite par V.D.Hanson sur Theatrum Belli - Sur la phalange grecque