Je pourrai bien entendu revenir plus en dĂ©tails sur les Ă©vènements antĂ©rieurs si vous le souhaitez, mais je pensais attaquer directement par les Thermopyles. Disons que l'Asie Mineure grecque (et galate) a dĂ©jĂ cĂ©dĂ©, et qu'au prix d'une logistique fascinante (un pont sur le dĂ©troit du Bosphore fait de centaines de bateaux) les perses de Xerxès sont dĂ©jĂ en Europe. Nous sommes en 480 avant J.C. Le conflit dure depuis près de 30 ans. Les perses ont en effet soumis l'Hellespont et la Thrace (actuelle Bulgarie) depuis 510 av. J.C. Ils ont en revanche echouĂ© Ă dompter les fameux scythes, qui ont pratiquĂ© devant eux la politique de la terre brulĂ©e dans l'actuelle Ukraine, plus de 2 millĂ©naires avant les invasions napolĂ©onnienne et hitlĂ©rienne ! 2 expĂ©ditions contre la Grèce ont dĂ©jĂ Ă©chouĂ©, celle du gĂ©nĂ©ral Mardonios en -492. Mais en -490 ils ont pris Naxos avant d'Ă©chouer devant les athĂ©niens et les platĂ©ens Ă Marathon, oĂą l'infanterie lourde grecque, menĂ©e par le stratège Miltiade a fait des merveilles.

Cette fois ci les perses ont mieux prĂ©parĂ© leur coup. Ils ont recrutĂ© Ă tour de bras dĂ©jĂ et dans tout l'empire. La marine est phĂ©nicienne, syrienne, egyptienne mais aussi... grecque. Les troupes sont perses, mèdes, saces, thraces, lybiennes, chalcidiennes, bactriennes, caspiennes, indiennes, assyriennes, ariennes, ethiopiennes (Ă©tablies alors dans le Golfe persique), paphlagoniennes, phrygiennes, ciliciennes, lyciennes, chypriotes, lydiennes, colchydiennes,mares, mosques et j'en passe... "les 1000 nations" de l'empire s'apprĂŞtent Ă se dĂ©verser sur l'Europe. Parmi ces hordes guerrières une troupe d'Ă©lite, les Immortels que nous dĂ©crit ainsi HĂ©rodote :

Ce corps d'Ă©lite des perses, les Dix Mille, Ă©tait sous les ordres d'Hydarnès, fils d'Hydarnès. On les appelait les immortels pour la raison suivante : si l’un des hommes venait Ă manquer, frappĂ© par la mort ou la maladie, on lui choisissait immĂ©diatement un remplaçant, et ils n’étaient jamais plus et jamais moins de dix mille. L’équipement des perses Ă©tait, de tous, le plus somptueux et ils Ă©taient eux-mĂŞmes les meilleurs combattants. Ils portaient les armes et les costumes dĂ©jĂ dĂ©crits, mais surtout ils se distinguaient par l’or qui les parait abondamment. Ils emmenaient avec eux, dans des chariots, leurs concubines et des serviteurs nombreux avec tous les bagages nĂ©cessaires. Ils avaient un ravitaillement spĂ©cial, portĂ© par des chameaux et des bĂŞtes de somme

Xerxès a prĂ©parĂ© son expĂ©dition depuis 3 ans. Il a sĂ©curisĂ© ses bases arrières en rĂ©primant durement des rĂ©voltes Ă Babylone et en Egypte. Son or et ses menaces ont fait basculer dans son camps nombre de grecs, et pas seulement ceux d'Asie Mineure. La plupart des bĂ©otiens, dont les puissants ThĂ©bains se sont joints Ă lui. Surtout, il a fait preuve de brio diplomatique puisqu' il a su s'allier aux carthaginois. Ceux-ci lanceront une offensive simultanĂ©e sur les puissantes citĂ©s grecques de Sicile (notamment Syracuse) de manière Ă ce que ces dernières ne puissent envoyer de renforts sur le continent. Qui a dit que les perses Ă©taient des amateurs ?

Prenant la mesure du danger, Athènes et Sparte ont noué une alliance. Une conscience grecque émerge devant le péril collectif au congrès de Corynthe. 31 cités au total se joignent à cette alliance défensive. Dans l'affaire, les spartiates assument un certain leadership, puisqu'au final 2 d'entre eux se voient confier le commandement des troupes maritimes et terrestres, Euribiade et le roi Leonidas (bien que l'athénien Themistocle commande directement la flotte de sa cité, qui fournit le plus gros contingent de bateaux).

Voilà l'occasion de faire plus ample connaissance avec Léonidas et les 300:

Comme il avait 2 frères plus âgĂ©s que lui, ClĂ©omène et Dorieus, il Ă©tait bien loin de penser au trĂ´ne; mais ClĂ©moène mourut sans laisser d'enfant mâle; et Dorieus avait dĂ©jĂ disparu, frappĂ© lui aussi par la mort, en Sicile : le trĂ´ne Ă©chut donc Ă LĂ©onidas parce qu'il Ă©tait nĂ© avant ClĂ©ombrotos (le plus jeune fils d'Anaxandride), mais aussi parce qu'il avait Ă©pousĂ© la fille de ClĂ©omène. C'est lui qui va alors aux Thermopyles, avec les 300 hommes qui lui Ă©taient assignĂ©, et qui avaient des fils. Il avait avec lui des ThĂ©bains (...) sous les ordres de LĂ©ontiadès, fils d'Eurymaque. La raison qui le fit insister pour avoir des thĂ©bains avec lui, entre tous les grecs, c'est qu'on accusait nettement leur citer de pencher du cĂ´tĂ© des mèdes; et LĂ©onidas leur demanda de partir en guerre avec lui pour savoir s'ils lui enverraient des hommes ou s'ils se dĂ©tacheraient ouvertement du bloc hĂ©llĂ©nique. Ils lui envoyèrent bien des renforts, mais leurs intentions Ă©taient tout autres.

On a bien compris que les 300 étaient une troupe d'élite, la garde personnelle du roi, et qu'en outre leur descendance était assurée. Reste à savoir pourquoi si peu d'hommes sont dépéchés en première ligne.

Léonidas et ses hommes formaient un premier contingent expédié par Sparte pour décider les autres alliés à marcher eux aussi en les voyant et pour les empêcher de passer du côté des mèdes à la nouvelle que Sparte temporisait; les spartiates comptaient plus tard (car la fête des Carnéia les arrêtait pour l'instant) laisser, les cérémonies terminés, une garnison dans Sparte et courir aux Thermopyles avec toutes leurs forces. les autres alliés faisaient de leur côté les mêmes projets, car les fêtes d'Olympie tombaient à ce moment là ; comme ils pensaient que rien ne se déciderait là bas de sitôt, ils avaient envoyé de simples avant-gardes aux Thermopyles.

Autre question : comment les grecs ont-ils atterri aux Thermopyles ? Disons qu'au printemps, la Thessalie et la MacĂ©doine sont tombĂ©es dans les mains perses, et leurs habitants, au pied du mur n'ont guère eu d'autre choix que de se ranger au cĂ´tĂ© des envahisseurs. Ce qui ne les a pas empĂŞchĂ© pour autant de fournir aux grecs toutes les informations stratĂ©giques nĂ©cessaires :

Un avis prĂ©valut : garder le dĂ©filĂ© des Thermopyles, plus Ă©troit, de toute Ă©vidence, que celui qui mène en Thessalie et, de plus, unique et plus proche de chez eux. L'Ă©troit sentier qui causa la perte des grecs, ceux qui furent perdus aux Thermopyles, ils en ignoraient totalement l'existence avant d'ĂŞtre sur place, oĂą les Trachiniens le leur indiquèrent. Donc on prit la dĂ©cision de garder le dĂ©filĂ© pour fermer au Barbare la route de la Grèce, et la flotte se rendrait au cap ArtĂ©mision...

La configuration des lieux prĂ©sente en effet un intĂ©rĂŞt certain, au point, par l'Ă©troitesse du champ de bataille de rĂ©tablir un peu le rapport de force :

...près d'Alpènes, après les Thermopyles, le passage est juste assez large pour un chariot; avant les Thermopyles, près d'un cours d'eau, le PhĂ©nix, voisin de la ville d'AnthĂ©la, il y a un passage de la mĂŞme largeur. A l'ouest des Thermopyles, la montagne s'Ă©lève abrupte, inaccessible, très haute ; c'est un contrefort de l'Oeta. A l'est de la route il y a la mer et les marĂ©cages. on trouve dans le dĂ©filĂ© des bassins d'eau chaude qu'on appelle les marmites dans le pays et près d'eux un autel d'HĂ©raclès. un mur avait Ă©tĂ© bati pour fermer le passage et il avait autrefois des portes; les phocidiens l'avaient Ă©levĂ© par peur des Thessaliens (...) ils ramenèrent Ă l'Ă©poque les eaux chaudes sur la route pour raviner le sol et la rendre impraticable. Ce vieux mur datait d'une Ă©poque lointaine et les ans l'avaient en grande partie ruinĂ© : les grecs dĂ©cidèrent de le relever pour fermer la Grèce au Barbare

Voilà donc le décor posé, et les forces en place. La tragédie peut maintenant se nouer.