300, les Thermopyles, Hérodote : partie 1/2 - prologue de bataille Par Julius G
Par Major Tom |
dimanche 25 mars 2007 à 16:14 | Racines
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Les passions se déchaînent autour de 300, en Iran, aux USA, dans la blogosphère ou dans les (cinquièmes) colonnes de Libé. Et pour cause, car il ne s'agit ni plus ni moins dans les débats que de revenir à la source de l'identité de l'Occident. Le soldat citoyen, cher à V.D. Hanson contre les hordes serviles asiatiques. Bref, la mère de toutes les batailles, et le premier choc des civilisations. D'où l'intérêt je pense de revenir à la source, car qui mieux qu'Hérodote a su nous transmettre cette mémoire vive du choc des avants gardes. Alors plongeons directement dans le livre VII de l'Enquête, plus connu sous le nom de Polymnie.

Je pourrai bien entendu revenir plus en détails sur les évènements antérieurs si vous le souhaitez, mais je pensais attaquer directement par les Thermopyles. Disons que l'Asie Mineure grecque (et galate) a déjà cédé, et qu'au prix d'une logistique fascinante (un pont sur le détroit du Bosphore fait de centaines de bateaux) les perses de Xerxès sont déjà en Europe. Nous sommes en 480 avant J.C. Le conflit dure depuis près de 30 ans. Les perses ont en effet soumis l'Hellespont et la Thrace (actuelle Bulgarie) depuis 510 av. J.C. Ils ont en revanche echoué à dompter les fameux scythes, qui ont pratiqué devant eux la politique de la terre brulée dans l'actuelle Ukraine, plus de 2 millénaires avant les invasions napoléonnienne et hitlérienne ! 2 expéditions contre la Grèce ont déjà échoué, celle du général Mardonios en -492. Mais en -490 ils ont pris Naxos avant d'échouer devant les athéniens et les platéens à Marathon, où l'infanterie lourde grecque, menée par le stratège Miltiade a fait des merveilles.
Cette fois ci les perses ont mieux préparé leur coup. Ils ont recruté à tour de bras déjà et dans tout l'empire. La marine est phénicienne, syrienne, egyptienne mais aussi... grecque. Les troupes sont perses, mèdes, saces, thraces, lybiennes, chalcidiennes, bactriennes, caspiennes, indiennes, assyriennes, ariennes, ethiopiennes (établies alors dans le Golfe persique), paphlagoniennes, phrygiennes, ciliciennes, lyciennes, chypriotes, lydiennes, colchydiennes,mares, mosques et j'en passe... "les 1000 nations" de l'empire s'apprêtent à se déverser sur l'Europe. Parmi ces hordes guerrières une troupe d'élite, les Immortels que nous décrit ainsi Hérodote :
Ce corps d'élite des perses, les Dix Mille, était sous les ordres d'Hydarnès, fils d'Hydarnès. On les appelait les immortels pour la raison suivante : si l’un des hommes venait à manquer, frappé par la mort ou la maladie, on lui choisissait immédiatement un remplaçant, et ils n’étaient jamais plus et jamais moins de dix mille. L’équipement des perses était, de tous, le plus somptueux et ils étaient eux-mêmes les meilleurs combattants. Ils portaient les armes et les costumes déjà décrits, mais surtout ils se distinguaient par l’or qui les parait abondamment. Ils emmenaient avec eux, dans des chariots, leurs concubines et des serviteurs nombreux avec tous les bagages nécessaires. Ils avaient un ravitaillement spécial, porté par des chameaux et des bêtes de somme
Xerxès a préparé son expédition depuis 3 ans. Il a sécurisé ses bases arrières en réprimant durement des révoltes à Babylone et en Egypte. Son or et ses menaces ont fait basculer dans son camps nombre de grecs, et pas seulement ceux d'Asie Mineure. La plupart des béotiens, dont les puissants Thébains se sont joints à lui. Surtout, il a fait preuve de brio diplomatique puisqu' il a su s'allier aux carthaginois. Ceux-ci lanceront une offensive simultanée sur les puissantes cités grecques de Sicile (notamment Syracuse) de manière à ce que ces dernières ne puissent envoyer de renforts sur le continent. Qui a dit que les perses étaient des amateurs ?
Prenant la mesure du danger, Athènes et Sparte ont noué une alliance. Une conscience grecque émerge devant le péril collectif au congrès de Corynthe. 31 cités au total se joignent à cette alliance défensive. Dans l'affaire, les spartiates assument un certain leadership, puisqu'au final 2 d'entre eux se voient confier le commandement des troupes maritimes et terrestres, Euribiade et le roi Leonidas (bien que l'athénien Themistocle commande directement la flotte de sa cité, qui fournit le plus gros contingent de bateaux).
Voilà l'occasion de faire plus ample connaissance avec Léonidas et les 300:
Comme il avait 2 frères plus âgés que lui, Cléomène et Dorieus, il était bien loin de penser au trône; mais Clémoène mourut sans laisser d'enfant mâle; et Dorieus avait déjà disparu, frappé lui aussi par la mort, en Sicile : le trône échut donc à Léonidas parce qu'il était né avant Cléombrotos (le plus jeune fils d'Anaxandride), mais aussi parce qu'il avait épousé la fille de Cléomène. C'est lui qui va alors aux Thermopyles, avec les 300 hommes qui lui étaient assigné, et qui avaient des fils. Il avait avec lui des Thébains (...) sous les ordres de Léontiadès, fils d'Eurymaque. La raison qui le fit insister pour avoir des thébains avec lui, entre tous les grecs, c'est qu'on accusait nettement leur citer de pencher du côté des mèdes; et Léonidas leur demanda de partir en guerre avec lui pour savoir s'ils lui enverraient des hommes ou s'ils se détacheraient ouvertement du bloc héllénique. Ils lui envoyèrent bien des renforts, mais leurs intentions étaient tout autres.
On a bien compris que les 300 étaient une troupe d'élite, la garde personnelle du roi, et qu'en outre leur descendance était assurée. Reste à savoir pourquoi si peu d'hommes sont dépéchés en première ligne.
Léonidas et ses hommes formaient un premier contingent expédié par Sparte pour décider les autres alliés à marcher eux aussi en les voyant et pour les empêcher de passer du côté des mèdes à la nouvelle que Sparte temporisait; les spartiates comptaient plus tard (car la fête des Carnéia les arrêtait pour l'instant) laisser, les cérémonies terminés, une garnison dans Sparte et courir aux Thermopyles avec toutes leurs forces. les autres alliés faisaient de leur côté les mêmes projets, car les fêtes d'Olympie tombaient à ce moment là ; comme ils pensaient que rien ne se déciderait là bas de sitôt, ils avaient envoyé de simples avant-gardes aux Thermopyles.
Autre question : comment les grecs ont-ils atterri aux Thermopyles ? Disons qu'au printemps, la Thessalie et la Macédoine sont tombées dans les mains perses, et leurs habitants, au pied du mur n'ont guère eu d'autre choix que de se ranger au côté des envahisseurs. Ce qui ne les a pas empêché pour autant de fournir aux grecs toutes les informations stratégiques nécessaires :
Un avis prévalut : garder le défilé des Thermopyles, plus étroit, de toute évidence, que celui qui mène en Thessalie et, de plus, unique et plus proche de chez eux. L'étroit sentier qui causa la perte des grecs, ceux qui furent perdus aux Thermopyles, ils en ignoraient totalement l'existence avant d'être sur place, où les Trachiniens le leur indiquèrent. Donc on prit la décision de garder le défilé pour fermer au Barbare la route de la Grèce, et la flotte se rendrait au cap Artémision...
La configuration des lieux présente en effet un intérêt certain, au point, par l'étroitesse du champ de bataille de rétablir un peu le rapport de force :
...près d'Alpènes, après les Thermopyles, le passage est juste assez large pour un chariot; avant les Thermopyles, près d'un cours d'eau, le Phénix, voisin de la ville d'Anthéla, il y a un passage de la même largeur. A l'ouest des Thermopyles, la montagne s'élève abrupte, inaccessible, très haute ; c'est un contrefort de l'Oeta. A l'est de la route il y a la mer et les marécages. on trouve dans le défilé des bassins d'eau chaude qu'on appelle les marmites dans le pays et près d'eux un autel d'Héraclès. un mur avait été bati pour fermer le passage et il avait autrefois des portes; les phocidiens l'avaient élevé par peur des Thessaliens (...) ils ramenèrent à l'époque les eaux chaudes sur la route pour raviner le sol et la rendre impraticable. Ce vieux mur datait d'une époque lointaine et les ans l'avaient en grande partie ruiné : les grecs décidèrent de le relever pour fermer la Grèce au Barbare
Voilà donc le décor posé, et les forces en place. La tragédie peut maintenant se nouer.






Commentaires
1. Le jeudi 29 mars 2007 à 20:53, par WIL
2. Le jeudi 29 mars 2007 à 22:37, par Major Tom
3. Le jeudi 29 mars 2007 à 23:02, par WIL
4. Le jeudi 29 mars 2007 à 23:24, par Julius G.
5. Le vendredi 30 mars 2007 à 01:14, par WIL
6. Le dimanche 23 septembre 2007 à 03:19, par Rapetout
7. Le jeudi 29 novembre 2007 à 15:25, par hero4ever
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