Un Major scintille, un régime s’éteint
Par Julius |
mardi 20 fĂ©vrier 2007 à 18:30 | France
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A l’heure où le Major tente de prendre son envol dans la sphère littéraire et juridique, la Vème République n’en finit elle plus de crever. A l’occasion du congrès réuni à Versailles, elle se trouve perfusée par révision constitutionnelle pour les 20ème, 21ème et 22ème fois. Beaucoup soupçonnaient déjà que la Vème République était morte avec le Général. Pourtant Pompidou, puis Mitterrand, avaient pu donner l’illusion, dans des styles bien différents, d’une monarchie républicaine intacte, faite de contrôle social (censure puis écoutes…), de « bon plaisir », d’unanimisme national et de «cavaliers seuls » du prince. La fiction agonisait mais elle durait. Surtout la norme perdurait. Pas celle que ne respectait plus le prince depuis longtemps bien entendu. Mais celle qui nous, les autres, nous portait à croire que cet ordre des choses demeurait souhaitable malgré ses incuries qui s’accumulaient.
Cela faisait plus de 200 ans en effet que chaque fois que la France s’offrait un nouveau départ, elle se payait une constitution au passage. Alors si la constitution présente vivait toujours c’est que nous étions encore dans l’âge des possibles. Et on s'accrochait donc à cette Vème République, lui passant toutes ses avanies, ses absurdités qui s’accumulaient. Un premier ministre décrétait le regroupement familial ? On s’abstenait de l’ouvrir car c’était l’occasion rêvée de faire taire la banlieue rouge. Une ancienne déportée faisait voter le suicide démographique du peuple français ? On l’absolvait car les souffrances passées valaient bien toutes celles présentes et à venir. Un Président abolissait la peine de mort contre le souhait des deux tiers de la Nation de l'époque ? On oubliait, car après tout c’était le Léviathan tout fraîchement élu et a qui l’on venait juste de lui déléguer ce qui nous restait de « vouloir vivre ensemble ». Un ex ( ?)-trotskiste affichait sa préférence pour le malthusianisme économique et le partage de la pénurie ? Le prix à payer pour une dissolution mal calculée.
Oh, il y en eût bien d’autres par la suite, c’est certain. Mais disons que de 1981 à 1995, l’UMPS, le parti unique frankistanais bipolaire schizophrène s’attela consciencieusement à neutraliser les effets pervers de ses couches législatives successives par l’alternance des postures. Un coup de post-marxisme, un coup de réalisme (à crédit). Mais statu quo au final. Avantage : rien d’irréversiblement compromis en surface, mais les maux précédemment énoncés poursuivaient leurs travail de sape. Les législations s’ajoutaient mais cohabitaient, une loi n’en annulant pas forcément une autre. Toujours plus de droits en tous cas : c’est comme cela qu’on arrive aujourd’hui à un Code de la Sécurité Sociale de 2600 pages, mais passons. Cette incohérence eût un coût néanmoins : de 1981 à 2600, la Dette publique a été multipliée par 11. Prix de l’électoralisme dira-t-on, ou du corporatisme. Prix de la paix sociale en tous cas.
L’année 1995 aura brutalement marqué la fin de cette fausse paix sociale achetée à prix fort pendant plusieurs générations. Tout d’un coup une génération se braquait et marquait la « Fin de l’Histoire ». « Le progrès s’arrêterait avec nous » aurait-on pu entendre. Avec un peu plus de 10 ans de recul, on s’aperçoit aujourd’hui que les manifs corporatistes anti-loi Juppé marquèrent en quelque sorte la fin de la volonté politique issue de la légitimité des urnes, et quelque part la fin de la puissance publique elle-même. Après plus de 6 mois de stand-by à s’entre-déchirer et à se regarder le nombril (démission de Madelin, néant législatif des 100 jours…), le gouvernement sortait une réforme nécessaire, mais pourtant enterrée devant la rue toute puissante. Ce n’etait pourtant pas la première fois qu’on entendait la rue sous la Vème, qu’on se rappelle pour cela les lois Devaquet ou Savary. Mais ce fût la première où l’on entendit plus qu’elle. Et alors qu’il eût été possible d’emporter la mise devant l’asphyxie financière du « mouvement social », le Pouvoir, qui pourtant cumulait tous les pouvoirs (Elysée, Matignon, Assemblée Nationale, Sénat, Région… mais aussi les media et l’économie), renonça à l’exercer. Fin de l’Histoire. Débuts des soins palliatifs.
La suite est connue. Tous les gouvernements sortants battus en passant aux urnes. Et le dévoiement intégral de l’esprit des institutions ,et plus loin de ce qui pourrait être l’esprit de la République. Car 1995, comme le notait en commentaire Le Misanthrope modéré, c’est aussi le Discours du Vel’ d’Hiv (16 juillet)et la dernière trahison du Gaullisme par un Président qui commençait tout juste à se dévoiler en parlant de responsabilité collective La France fût soudainement réduite conceptuellement à son Etat, cad à la providence des opportunistes depuis Papon jusqu’à l’ENA, où l’on a bien compris que servir permet aussi de se servir. C’est cela désormais la continuité de l’Etat : la route de la servitude (volontaire et grassement rémunérée), qui vous envoie d’un cabinet ministériel aux états-majors du CAC par cooptation. Colbertisme mal compris et capitalisme de connivence. Consanguinité garantie.
L’avenir aboli, le présent compromis, le passé insulté, la volonté politique avorté, il ne restait plus à abolir que la vox populi elle-même : personne ne sût aussi bien faire cela que la grande Chiraque. Certes il y avait eu les cohabitations Mitterrandiennes, mais accepter la cohabitation de la part d’un gaulliste trademarké semblait un comble, et cela se produisit pourtant et à plusieurs reprises. Puis vint le référendum européen sur un sujet autrement plus important que la régionalisation de 1969, et qui touchait en plus au domaine réservé de la politique étrangère. La vox populi etait donc elle aussi abrogée sous sa forme référendaire. Restait éventuellement la Loi : le CPE s’en est occupé. Promulguée mais non appliquée. Nouvelle étape dans la politique verbale.
Ce qui fait loi désormais c’est bien le verbe en effet. Le verbe haut de la rue ou de la tribune de l’ONU, et le verbe des imprécateurs en tous genres. Le verbe est de toutes les trahisons : trahison de notre héritage culturel avec ses complots d’alcôve pour ne pas inclure notre héritage judéo-chrétien dans le préambule de la constitution zéropéenne ; trahison aussi via ces passes d’armes symboliques dans les coulisses du Machin qui nous ont conduit à renier une alliance bicentenaire. Au lieu de menacer d’un veto qu’on aurait d’ailleurs pas eu les c… d’appliquer, pourquoi ne nous sommes nous pas abstenus ? Par bravade… (et qu’on ne vienne pas me parler de panache, car pour avoir du panache il faut un sabre à la main, n’est pas Lepic qui veut).
La constitution n’est donc plus que cela. Un amas de verbes et de déclaration d’intentions. La politique en France ne se réduirait-elle pas d’ailleurs qu’à l’intention et à l’engagement plutôt qu’à l’action. A la promesse en somme qui n’engage que ceux qui l’entende. Car c’est donc la 12ème fois que le congrès se réunit sous Chirak, et la constitution en sera donc à sa 22ème révision. Quand on sait que la constitution américaine n’aura été qu’amendée 27 fois en moins deux siècles et demi, on reste quand même songeur sur la valeur toute relative qu’a désormais la notre. Surtout on relèvera qu’il aura fallu la modifier 2 fois pour un sujet aussi fondamental que … la Nouvelle-Calédonie. De quoi bâtir pour l’avenir assurément.
Ces 3 révisions consécutives que le congrès aura consacré, entérinent pour le coup le pur verbalisme de notre « norme suprême » et sa déchéance complète : 2 d’entre elles tentent de sanctuariser d’ailleurs des promesses socialistes que Chirak fait brusquement siennes et sans débat parlementaire. Autant on pourrait dire que sur la Nouvelle-Calédonie, il y a eu en son temps un référendum, mais sur la peine de mort ? Question au passage, à part aux criminels, à qui cela a profité cette abolition (oui je sais, aux victimes d’erreurs judiciaires…)? En tous cas, cela s’inscrivait pleinement dans la continuité de la révision de 2005 sur la Charte de l’environnement, cad d’une pure déclaration d’intention sans portée juridique vraiment palpable.
Dès lors en la révisant 22 fois, notre constitution aura perdu de sa portée en devenant un fourre-tout pour dirigeant pressé de finir le sale-boulot. Et finalement tout y sera passé : la Norme suprême, la vox populi, la loi, la volonté politique et même l’autorité de l’Etat qui a avalisé la cession de facto de pans entiers du territoire aux « enfants perdus de la République ». Mais bon, que l’on se rassure, tout cela ne sont plus que des mots. Car si VIème république il y a, elle devra se doter d’un nouveau préambule et remettre donc à plat tous ces non-sens, et surtout aller au delà des mots, vers des actes autrement plus fondateurs.







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