vendredi 9 mai 2008
Blitzkrieg verte à Beyrouth-Ouest
Par Julius |
vendredi 9 mai 2008 à 09:59 | Dossier Spécial Liban
Tout semble indiquer que l'on s'achemine vers la fin du premier round d'un combat qui en comptera un nombre indéterminé, et en espérant que cela ne soit pas le dernier car le verdict est sans appel : début de K-O technique en faveur du Hezbollah.
Il n'y a en effet pas photo : les gars de Hariri se sont pris une belle peignée. A l'heure actuelle, les quartiers à enjeu, cad de population mixte sont tombés dans les mains des chiites, soit près de la moitié de la ville (la carte de nos amis de CB est éloquente). L'avantage de frapper le premier, surtout quand l'adversaire est indécis. Il n'y avait pas photo dès le départ vous allez me dire : d'un côté ce qu'il faut bien appeler la meilleure troupe amée du monde arabe, très bien équipée, extrêmement aguerrie, experte en combat urbain, et parfaitement coordonnée. De l'autre des jeunes supporters vite et mal armés, pas ou très peu entrainés, et sans aucune expérience ou presque, avec en plus un encadrement visiblement limité. Les sunnites n'avaient déjà pas de milice communautaire très significative pendant la précédente guerre civile, alors qu'en face les types n'ont jamais cessé de combattre depuis 1975.... et Dieu sait si l'expérience semble compter au Feu.
Pire les leaders de la majorité semblent pour l'heure désemparés, comme assommés par le coup reçu. Assommés mais pas désarçonnés, même si les options se raréfient. Il est assez probable pour commencer qu'ils commencent par élire un président, sans l'aval des 2/3 des députés comme l'opposition l'exige. Créer un nouvel état de fait qui sera d'ailleurs certainement significatif d'escalade. Car rien ne retiendra plus le Hezb et Amal d'attaquer alors les batiments gouvernementaux. Ce qui de facto crera alors une implication de l'armée. Celle-ci ne s'est pas trop mouillée jusque là. Le premier ministre Siniora et son gouvernement ne semblait guère pressés de la voir s'impliquer de peur peut-être de la défaillance des nombreux bataillons à majorité chiite. D'après mes sources côté Forces Libanaises, les unités clés seraient néanmoins loyalistes, ce que ne démontrera pourtant que l'épreuve du feu.
Ensuite, et sauf improbable et catastrophique capitulation anticipée, il faut tabler sur une massification du conflit, soit l'implication à leur tour des chrétiens et des druzes. Si d'aventure les fidèles de Geagea, Gemayel (côté chrétien) et de Joumblatt (côté druzes) ne devait pas soutenir militairement les sunnites d'Hariri, la coalition majoritaire du 14 mars pourrait bien vaciller pour de bon. Ils n'ont pas bougé jusque là dans la mesure où leurs territoires n'étaient pas directement visés et c'était d'ailleurs stratégiquement très bien joué de la part du Hezb. Car si d'aventure les chiites devraient affronter tour à tour chacun de leurs adversaires, ils auraient sans nul doute l'avantage de par le nombre et l'armement. Mais l'implication de ces 2 communautés aurait d'autres impacts car les Forces Libanaises comme les hommes du PSP (socialiste-druze) sont autrement plus coriaces, car elles ont dans leurs rangs nombre de vétérans endurcis. Et des réseaux de soutien. A propos de réseaux, je pense également qu'au vu de sa cuisante défaite, Hariri fils va faire jouer à fond la carte saoudienne, pour puiser des fonds. Mais aussi pour engager des mercenaires, moins tendres que ses "chabeb" (jeunes), arabes ou non. Le Liban pourrait alors redevenir le terrain de prédilection des soldats de fortune. Y compris des mercenaires salafistes pour qui s'ouvrirait alors une alternative crédible au font irakien, qui prend une sale tournure pour eux depuis cet été. Ce qui compliquera évidemment la donne.
J'ai eu mes amis plusieurs fois ces derniers jours et pas plus tard qu'à midi. Ils accusaient le coup, mais c'est des coriaces, ils en ont vu d'autres. Elie par exemple, un frangin pour moi, pas plus vieux que bibi (petite trentaine) et qui avait été kidnappé par les syriens il y a à peine 10 ans. Ou mon pote Dani également dont il m'a donné des nouvelles. Leur camp n'est pas rentré en action. Ils ont vu jusque là leurs alliés dérouiller et pour l'un sa baraque sous le feu. Mais ils savent aussi que ce n'était que le premier round. Aujourd'hui plus que jamais je comprends mieux cet hédonisme déboussolant qui les animaient et les animent encore, quand j'habitais avec eux. Cette certitude que demain le ciel peut te tomber sur la tête, et cette volonté de jouir dès lors sans frein, d'où ce pessimisme joyeux, typiquement oriental, et à mille lieux de notre "festivisme" empaté. Take care guys.














Je suis sur les Planches. Je sortirai bien ma bouteille de
